Climat

Canicule : l'Europe suffoque, et c'est dans l'eau que l'on meurt

Arrivée des semaines en avance, une vague de chaleur a pulvérisé les records de juin du sud de l'Espagne à la Manche. L'Espagne attribue plus de 200 morts à la chaleur ; la France compte ses noyés.


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Une place déserte écrasée de soleil à midi, sa fontaine de pierre asséchée, la chaleur ondulant au-dessus des pavés.
Image d'illustration. Une canicule record en juin a vidé rues et places dans l'ouest et le sud de l'Europe.Illustration générée par IA — Étude

Il y a quelque chose de cruel dans la manière dont l'été est arrivé cette année : non pas en août, comme l'Europe a appris à le redouter, mais en juin, d'un coup, et meurtrier. Autour du solstice, un vaste dôme de hautes pressions s'est installé sur l'ouest et le sud du continent, propulsant les températures de 14 à 18 degrés au-dessus des normales et faisant tomber des records qui, par endroits, tenaient depuis des décennies.

À mesure que la semaine avançait, l'anomalie météorologique virait au drame humain. En Espagne, un système public de surveillance de la mortalité a relié à la chaleur plus de 200 décès entre dimanche et mercredi. En France, où le thermomètre national a atteint des valeurs jamais vues en juin, un second péril, plus sournois, s'est ajouté au premier : l'eau, vers laquelle on courait pour échapper à la fournaise.

Une chaleur qui bat tous les records

Les maxima sont tombés presque heure par heure. Le 23 juin, Pissos, dans les Landes, a relevé 44,3 °C : la journée la plus chaude jamais mesurée en France, la moyenne nationale dépassant le précédent record de 2019. En Andalousie, Andújar a atteint 45,1 °C, et l'Espagne a connu ses moyennes journalières de juin les plus élevées depuis au moins 1950. Le Royaume-Uni a franchi les 36 °C, l'Italie a placé seize villes en alerte rouge.

Ce qui distingue cet épisode, c'est son ampleur. La chaleur a gagné des régions d'ordinaire épargnées : dans le nord de l'Espagne, la Cantabrie et le Pays basque ont dépassé 40 °C. Les météorologues décrivent un dôme de chaleur d'une étendue et d'une persistance inhabituelles, ancré sur le continent plutôt que de le traverser.

La fraîcheur qui tue

Les morts les plus déchirantes ne sont pas venues de la chaleur, mais de la fuite devant elle. En quelques jours, au moins quarante personnes se sont noyées en France, dans des rivières, des lacs et des gravières, souvent jeunes, souvent dans des eaux non surveillées. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a parlé d'un « fléau tragique ». Sa ministre des sports, Marina Ferrari, a prévenu que se baigner dans des zones non autorisées en pleine canicule « n'est pas une chose à prendre à la légère ».

Les canicules comme celle que nous connaissons sont environ trente fois plus probables qu'à l'époque précédant le changement climatique.

Le constat, signé Laurie Parsons, géographe à l'université Royal Holloway de Londres, dit l'inquiétude qui affleure sous les chiffres de la semaine. Les plus vulnérables n'apparaissent guère sur les courbes de température : à Carpentras, dans le sud-est de la France, deux enfants de deux et quatre ans ont été retrouvés inanimés dans la voiture familiale, sans que les secours parviennent à les ranimer.

L'école et l'hôpital à l'épreuve

La canicule a aussi mis au jour l'impréparation du bâti public. Les deux tiers de la France sont passés en vigilance rouge, cinquante-quatre départements au niveau maximal ; des centaines d'écoles ont fermé ou réduit leurs horaires, et des dizaines de milliers de foyers ont été privés d'électricité. Au Royaume-Uni, où presque aucun hôpital ni aucune école ne dispose de climatisation, des rendez-vous et des opérations ont été annulés ; le « Financial Times » a fait état de 4 000 interventions menacées dans le service public de santé. L'Organisation mondiale de la santé a appelé à veiller sur les personnes âgées et à éviter le soleil de la mi-journée.

Un avertissement précoce

Ce qui trouble les climatologues, c'est le calendrier. Une vague de cette intensité fin juin, avant même le vrai début de l'été, annonce une saison qui pourrait se révéler plus dangereuse encore. Le schéma est cohérent avec un climat qui se réchauffe, allonge la période d'exposition et pousse les pics toujours plus haut. Aucune accalmie rapide n'est attendue ; le Luxembourg et ses voisins n'échappent pas à la fournaise. La vraie question n'est plus de savoir si de tels étés reviendront, mais si les hôpitaux, les écoles et les réseaux du continent y sont préparés.

Pourquoi cette canicule est-elle jugée exceptionnelle ?
Elle a frappé fin juin, des semaines avant le cœur de l'été, et a battu simultanément de vieux records de juin dans plusieurs pays.
Pourquoi tant de noyades en France ?
Beaucoup ont cherché la fraîcheur dans des rivières, lacs et gravières, souvent non surveillés ; au moins quarante personnes se sont noyées en quelques jours.
Quel est l'impact sur les hôpitaux ?
Au Royaume-Uni, où peu d'hôpitaux sont climatisés, des opérations ont été annulées, jusqu'à 4 000 interventions étant jugées menacées.

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