Réforme fiscale
Le Luxembourg supprime ses classes d'impôt — et garantit vingt-cinq ans de sursis aux couples mariés
Le projet de loi 8676 double la tranche exonérée à 26 650 euros et fond les classes 1, 1a et 2 dans un tarif unique.

Le Luxembourg entend supprimer ses classes d'impôt. Selon le projet de loi 8676, déposé le 6 janvier 2026, la répartition familière entre classes 1, 1a et 2 disparaîtrait au 1er janvier 2028 au profit d'un tarif unique — le tarif U — applicable à tout contribuable, quel que soit son état civil. La tranche exonérée doublerait, passant de 13 230 à 26 650 euros, et le nombre de tranches tomberait de 22 à 10.
C'est la modification la plus lourde de conséquences apportée à l'imposition des personnes physiques depuis une génération. Toute sa charge politique tient en une question : qu'advient-il des couples mariés, aujourd'hui les mieux traités du système ?
Ce que font les classes, et pourquoi elles disparaissent
La classe dépend actuellement de l'état civil. La classe 1 vise les célibataires, la classe 1a les parents isolés et une partie des retraités, la classe 2 les époux et partenaires déclarés imposés collectivement. La classe 2 applique le splitting : le revenu du ménage est divisé par deux, imposé, puis multiplié par deux, ce qui fait basculer une part considérable du revenu vers les tranches basses. Pour un ménage mono-actif, l'avantage est substantiel.
L'objection tient à ce que la charge fiscale dépend alors du statut matrimonial plutôt que de la capacité contributive, et qu'elle pénalise le second apporteur de revenu — très majoritairement des femmes — dont le revenu additionnel supporte en pratique le taux marginal du ménage dès le premier euro. L'individualisation est le sens de l'histoire européenne ; le projet 8676 est le pas luxembourgeois dans cette direction.
Le tarif U : un barème pour tous
- Une classe unique. Tout contribuable relève du même barème, quel que soit son statut civil ou légal.
- Une tranche exonérée doublée. 26 650 euros au lieu de 13 230, où se concentre l'essentiel de l'allègement consenti aux célibataires.
- Dix tranches au lieu de 22. Une simplification d'un barème qui progresse aujourd'hui par petits paliers entre 8 et 42 %.
- Bascule automatique pour les classes 1 et 1a. Ces contribuables rejoignent le tarif U sans démarche et devraient bénéficier d'un allègement immédiat.
L'allègement des revenus uniques est la raison d'être du dispositif. Doubler la tranche exonérée soustrait entièrement à l'impôt une part appréciable du revenu, et les contribuables de la classe 1 — longtemps le groupe le plus lourdement imposé du pays au regard de ses revenus — en sont les bénéficiaires visés.
Le tarif T : vingt-cinq ans de protection
Les couples relevant déjà de la classe 2 ne la perdent pas. Le projet institue un régime transitoire, le tarif T, qui leur conserve leur traitement actuel pendant vingt-cinq ans — jusqu'en 2052. Selon l'analyse du projet par KPMG, environ 85 % des contribuables de classe 2 devraient néanmoins y gagner sous le nouveau régime.
Le choix n'est pas figé. Dans le texte tel que déposé :
- Une option conjointe pour le tarif U peut être exercée avant le 30 novembre 2027, avec effet au 1er janvier 2028.
- Une sortie individuelle annuelle reste ouverte avant le 30 novembre de chaque année jusqu'en 2051, avec effet l'année suivante.
- La protection en cas de décès ou de divorce passe de trois à cinq ans, atténuant la rupture qui suit aujourd'hui la fin d'un mariage.
Chaque ménage de classe 2 se trouve donc devant un calcul véritable et non devant un réglage par défaut. La réponse dépend de la répartition des revenus : lorsqu'un conjoint apporte l'essentiel des ressources, le splitting conserve sa valeur et le tarif T l'emporte probablement. Lorsque les deux revenus sont comparables, la tranche exonérée doublée, appliquée deux fois, peut faire mieux.
Le volet familial et son calendrier
Le projet ne se limite pas au barème. Un ensemble de mesures familiales l'accompagne, certaines antérieures au tarif lui-même :
- Un nouvel abattement petite enfance de 5 400 euros par an et par enfant de moins de trois ans.
- L'abattement pour enfant ne faisant pas partie du ménage passe de 5 424 à 5 928 euros.
- Le crédit d'impôt monoparental passe de 3 504 à 4 008 euros.
- Le forfait pour garde d'enfants et aide à la dépendance passe de 5 400 à 6 000 euros.
- Un bonus en cas de garde alternée pouvant atteindre 922,50 euros par enfant, dégressif au-delà de 76 600 euros de revenu.
- Une déduction pour retraités actifs pouvant atteindre 9 000 euros par an pour les personnes éligibles à la retraite anticipée qui poursuivent leur activité.
Deux plafonds de déduction augmentent également : intérêts de prêts privés et primes d'assurance de 672 à 900 euros par membre du ménage, et cotisations d'épargne-logement portées à 1 500 euros pour les 18-40 ans et 900 euros pour les autres, par membre du ménage.
Prestations familiales et garde d'enfants, dès 2027
En amont de la réforme du barème, les allocations familiales mensuelles progressent de 45 euros pour les enfants de moins de douze ans et de 60 euros au-delà, l'allocation de rentrée scolaire augmentant de 60 euros entre six et onze ans et de 90 euros à partir de douze ans. Une quatrième tranche d'allocation de naissance est créée, et une aide ciblée pouvant atteindre 3 000 euros par enfant et par an vise les ménages modestes. Le système des chèques-service accueil est refondu pour dégager environ 79 millions d'euros d'économies annuelles pour les ménages, avec vingt heures hebdomadaires de garde gratuite chez une assistante parentale dès un an pour les familles gagnant jusqu'à 3,5 fois le salaire social minimum, et l'objectif d'une place pour chaque enfant d'ici 2030.
La modification administrative discrète
Une mesure touchera plus de monde que n'importe quelle tranche : le projet supprime le décompte annuel et lui substitue un régime d'imposition facultatif. Pour les nombreux salariés dont l'unique contact avec l'administration fiscale se réduit à ce formulaire, la mécanique du remboursement des retenues excédentaires changera de fond en comble.
La fin de la progression à froid
La réforme s'attaque enfin au problème structurel qui gouverne la politique fiscale luxembourgeoise depuis une décennie. Les salaires étant indexés automatiquement sur l'inflation alors que le barème ne l'était pas, chaque tranche indiciaire propulse les contribuables vers des tranches supérieures sans gain réel de pouvoir d'achat. Le projet institue un ajustement automatique du barème — selon le mécanisme esquissé, après chaque série de trois tranches indiciaires — de sorte que la correction ne dépende plus d'une décision politique ponctuelle. Les ajustements de 4 échelons indiciaires en 2024 et de 2,5 en 2025 illustrent précisément ce que l'on entend rendre routinier.
Ce qu'il faut faire dès à présent
Rien n'est encore en vigueur : déposé en janvier 2026, le projet 8676 doit achever son parcours parlementaire, et les chiffres peuvent évoluer d'ici là. Les échéances comptent néanmoins déjà. Les couples de classe 2 ont jusqu'au 30 novembre 2027 pour exercer une option conjointe, décision qui doit se calculer sur la répartition réelle des revenus plutôt que se présumer. Les contribuables de classe 1 peuvent attendre un allègement sans démarche. Et pour qui approche de la retraite, du mariage ou d'une séparation, la fenêtre de protection de cinq ans représente une position sensiblement meilleure que les trois années actuelles.
Notre explicatif sur les classes d'impôt 1, 1a et 2 décrit ce qui est remplacé, tandis que nos analyses du budget 2026 et du crédit d'impôt pour investissement dans les start-up couvrent les mesures déjà applicables.
Questions fréquentes
- Quand la classe d'impôt unique entre-t-elle en vigueur au Luxembourg ?
- Selon le projet de loi 8676 déposé le 6 janvier 2026, le tarif unique dit tarif U s'appliquerait à compter du 1er janvier 2028. Le texte doit encore achever son parcours parlementaire, si bien que les détails peuvent évoluer avant son adoption.
- Qu'advient-il de la classe 2 pour les couples mariés ?
- Les couples relevant déjà de la classe 2 conservent leur traitement actuel sous un régime transitoire appelé tarif T pendant vingt-cinq ans, jusqu'en 2052. Ils peuvent opter conjointement pour le tarif U avant le 30 novembre 2027, ou sortir individuellement avant le 30 novembre de chaque année jusqu'en 2051, avec effet l'année suivante.
- Quel sera le montant de la tranche exonérée après la réforme ?
- Le projet double la tranche exonérée, qui passerait de 13 230 à 26 650 euros. C'est là que se concentre l'essentiel de l'allègement pour les célibataires, les contribuables des classes 1 et 1a rejoignant automatiquement le nouveau barème.
- Vais-je payer moins d'impôt après la réforme ?
- Les contribuables des classes 1 et 1a devraient bénéficier d'un allègement immédiat du fait du doublement de la tranche exonérée. Pour les couples, environ 85 % des situations de classe 2 seraient gagnantes, mais la réponse dépend de la répartition des revenus : le splitting reste plus avantageux lorsqu'un conjoint apporte l'essentiel des ressources.
- Combien de tranches comptera le barème après 2028 ?
- Dix, contre 22 aujourd'hui. Le barème actuel progresse par petits paliers entre 8 et 42 %, et la réforme les regroupe en une progression plus courte et plus lisible.
- Que devient le décompte annuel ?
- Le projet le supprime et lui substitue un régime d'imposition facultatif. Pour les salariés dont le seul contact avec l'administration fiscale se limite à ce formulaire, la manière de récupérer une retenue excédentaire changera entièrement.
- La réforme corrige-t-elle la progression à froid ?
- C'est son intention. Les salaires étant indexés automatiquement sur l'inflation alors que le barème ne l'était historiquement pas, chaque tranche indiciaire poussait les contribuables vers des tranches supérieures sans gain réel. Le projet instaure un ajustement automatique du barème après chaque série de trois tranches indiciaires, en lieu et place des corrections ponctuelles de 4 échelons en 2024 et de 2,5 en 2025.
Sources
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