Le risque change d’échelle

Les incendies français poussent le CGDIS à discuter d’un bombardier d’eau avec Aquarius

L’envoi de trois appareils de la filiale de Cargolux révèle à la fois l’utilité d’une capacité luxembourgeoise et les limites d’une mobilisation improvisée.


Lecture · 4 min

Un bombardier d’eau illustratif écopant près d’une pinède couverte de fumée.
Scène illustrative montrant le type d’appareil amphibie exploité par la société luxembourgeoise Aquarius contre les feux de forêt.Illustration générée par IA — Étude

Le Luxembourg possède déjà, sans l’avoir vraiment intégré à sa doctrine de sécurité civile, une capacité rare en Europe : une compagnie de bombardiers d’eau, son centre de formation et l’expertise aéronautique qui les accompagne. Les incendies français viennent de transformer cet atout industriel en question politique.

Le directeur général du CGDIS, Paul Schroeder, a indiqué que des discussions étaient en cours avec Aquarius Aerial Firefighting, filiale à 100 % de Cargolux, afin d’examiner le déploiement possible d’un appareil au Grand-Duché. Il estime également que l’achat d’un avion ne devrait pas être écarté si les feux de forêt et de végétation devenaient plus fréquents ou plus violents. À ce stade, il ne s’agit toutefois ni d’une commande ni d’un contrat permanent.

Une disponibilité providentielle à 300.000 euros

L’intervention actuelle raconte à elle seule la fragilité du dispositif. Deux avions d’Aquarius ont quitté temporairement leurs bases contractuelles en Turquie pour renforcer les secours français en Gironde. Un troisième se trouvait fortuitement au Luxembourg. Le gouvernement l’a loué pour environ 300.000 euros avant de l’envoyer dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’Union européenne, selon RTL. Luc Frieden a expliqué que l’exécutif avait réussi à « trouver » cet appareil disponible.

Ce concours de circonstances a permis d’agir vite, mais il ne constitue pas une stratégie de disponibilité. Lorsqu’une vague d’incendies touche simultanément plusieurs pays, les mêmes avions, pilotes et équipes de maintenance sont sollicités partout. Dimanche, le mégafeu de Gironde restait contenu dans son périmètre sans être éteint, après avoir parcouru 42.000 hectares en dix jours. Plus de 300.000 personnes ont dû être déplacées en France et en Espagne.

« Aucun pays ne devrait jamais avoir à affronter seul une catastrophe d’une telle ampleur. C’est précisément pour cela que l’Europe s’est dotée d’une capacité de réponse commune : des avions dans le ciel, des pompiers au sol et des renforts prêts à intervenir dès qu’ils sont nécessaires », a déclaré la commissaire européenne Hadja Lahbib.

Une flotte luxembourgeoise tournée vers l’étranger

Aquarius exploite dix AT-802 Fire Boss. Neuf sont affectés par contrat à la Turquie pour les saisons de feux 2025 à 2027, tandis que le dixième est stationné en Espagne. La flotte doit atteindre douze appareils en 2027. Leur redéploiement partiel vers la France montre la souplesse de l’opérateur, mais aussi le poids des engagements commerciaux déjà conclus.

Le Fire Boss emporte 3.104 litres d’eau. Ses flotteurs lui permettent d’écoper sur un lac, un fleuve ou une zone côtière adaptée et de remplir son réservoir en moins de 15 secondes. Aquarius avance, lorsque le point d’eau est proche et les conditions favorables, jusqu’à 17 rotations et 52.768 litres largués en une heure.

Ces performances théoriques varient avec le vent, la fumée, le relief, la circulation aérienne et la distance jusqu’à une surface d’écopage sûre. Un appareil léger ne remplace ni les équipes au sol ni les avions de plus grande capacité. Il permet en revanche d’enchaîner des frappes précises, notamment sur un départ de feu ou pour consolider une ligne tenue par les pompiers.

Définir le besoin avant de choisir la formule

Le gouvernement considère encore que le Luxembourg n’a pas de besoin spécifique justifiant un avion exclusivement consacré à son territoire. La discussion avec Aquarius peut néanmoins déboucher sur plusieurs architectures : présence saisonnière, garantie de disponibilité, volume d’heures préacheté ou coopération avec un pays voisin. Chacune répartirait différemment le coût, le risque et l’autorité opérationnelle.

Le système européen repose lui-même sur plusieurs cercles. Une demande d’assistance est d’abord adressée aux 37 pays participants. Si leurs offres ne suffisent pas, l’Union peut mobiliser la réserve stratégique rescEU, qui compte 22 avions et cinq hélicoptères. Des moyens aériens et terrestres de plusieurs États ont ainsi été envoyés en France et en Espagne.

Le Luxembourg dispose en outre d’un simulateur spécialisé d’une valeur de 1,5 million d’euros. Installé par Aquarius, il permet de répéter les écopages, les largages à basse altitude et les situations anormales sans exposer un équipage aux risques d’un exercice réel. Cette infrastructure, complétée par les compétences de maintenance issues de Cargolux, donne au pays une base technique disproportionnée par rapport à sa taille.

Reste à savoir ce que les pouvoirs publics veulent garantir. Un achat offrirait le contrôle le plus direct, mais immobiliserait une ressource coûteuse une partie de l’année. Un contrat serait plus souple, sans assurer qu’un appareil reste libre lors d’une crise européenne généralisée. Les flammes de Gironde ont surtout montré que cette décision ne peut plus reposer sur la chance de trouver un avion au Findel.

Le Luxembourg a-t-il décidé d’acheter un bombardier d’eau ?
Non. Le CGDIS examine différentes possibilités avec Aquarius, mais aucun achat ni contrat permanent n’a été conclu.
Combien d’avions d’Aquarius interviennent en France ?
Trois : deux ont été redéployés depuis la Turquie et un troisième, disponible au Luxembourg, a été loué environ 300.000 euros par l’État.
Quelle quantité d’eau un Fire Boss transporte-t-il ?
L’AT-802 Fire Boss emporte 3.104 litres et peut remplir son réservoir en moins de 15 secondes sur une surface d’eau adaptée.

À lire aussi sur : Aquarius Aerial Firefighting, Cargolux, Cgdis, Civil Protection, France, Wildfire Response

Un regard sur les reportages récents en luxembourg de la rédaction de Étude.


D'autres reportages d'Étude portant les mêmes étiquettes que cet article.


naviguerouvrirescfermer