Le pari du retour économique

Le Luxembourg prépare une filière de défense à Dudelange pour capter emplois et investissements

Face à l’envolée programmée du budget militaire, le gouvernement organise un marché national autour du spatial, du logiciel, des télécommunications et de la cybersécurité.


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Des halles industrielles vides sur un ancien site sidérurgique à Dudelange.
Vue illustrative de l’ancien site industriel de Dudelange où le Luxembourg prévoit d’implanter un Defence Campus.Illustration générée par IA — Étude

Une nouvelle politique industrielle prend forme derrière la hausse des dépenses militaires luxembourgeoises. Plutôt que de laisser l’essentiel des commandes partir vers des fournisseurs étrangers, le gouvernement veut convertir une partie de cet effort budgétaire en emplois, en recherche et en investissements locaux. Son projet s’appuie sur les spécialités déjà présentes dans le pays : le spatial, les satellites, les communications sécurisées, les logiciels et la cybersécurité.

Le dispositif repose d’abord sur un texte juridique. Le 17 juillet, le Conseil de gouvernement a approuvé un projet de loi instaurant un régime propre à la fabrication de produits liés à la défense. La législation actuelle encadre les armes et les munitions, notamment par une loi de 2022 applicable aux usages civils et sportifs, mais elle ne couvre pas toute l’activité industrielle envisagée. Le projet doit encore achever son parcours législatif.

Une industrie autorisée, surveillée et traçable

Les fabricants devront solliciter un agrément auprès du ministère de l’Économie. L’administration examinera l’honorabilité des dirigeants et des bénéficiaires effectifs, la transparence de l’actionnariat ainsi que la sécurité des lieux de production et de stockage. La structure de propriété ou de contrôle ne pourra pas présenter de risque pour la sécurité nationale ou publique.

Le texte vise notamment les menaces liées à l’espionnage, à l’ingérence étrangère, au terrorisme, à l’extrémisme violent, à la prolifération des armes de destruction massive, à certaines formes de criminalité organisée et à la cybercriminalité associée. Il impose aussi un registre retraçant le cycle de vie des produits, depuis leur fabrication jusqu’à leur exportation, leur intégration dans un autre équipement ou leur destruction. Les douanes participeront aux contrôles.

« Nous regardons plutôt du côté des logiciels, de l’espace, des capacités satellitaires, des télécommunications et de toute une série d’autres secteurs. Il est important que les entreprises actives dans ces domaines puissent élargir leur implantation au Luxembourg, afin que nous continuions à développer cette filière », a déclaré Lex Delles.

Le ministre de l’Économie exclut l’arrivée de fabricants d’avions de combat, de chars ou de missiles. Ce choix déplace le centre de gravité de la politique vers les technologies à double usage, susceptibles de servir aussi bien des clients civils que militaires. Les systèmes autonomes, la robotique, l’intelligence artificielle, les matériaux avancés, la logistique, le quantique et le recyclage de matières stratégiques figurent également parmi les domaines identifiés par le gouvernement.

Dudelange, du passé sidérurgique au laboratoire technologique

Le projet prendra corps sur l’ancien site de Liberty Steel à Dudelange. Le futur Defence Campus doit accueillir des entreprises et des acteurs de la recherche publique dans un environnement répondant aux exigences de sécurité du secteur. Lex Delles affirme que des discussions sont déjà engagées avec des spécialistes de la maintenance intéressés par une implantation. Il espère de premières activités économiques dans un délai de neuf à douze mois.

Ce calendrier reste toutefois une ambition. Le gouvernement n’a communiqué ni liste définitive d’occupants, ni objectif chiffré d’emplois, ni échéancier complet pour l’aménagement du site. La prudence s’impose donc entre l’annonce d’une infrastructure et l’existence d’une filière industrielle capable de remporter des contrats.

Le campus s’inscrit dans une « chaîne d’innovation » dévoilée en mars. Elle prévoit un accompagnement des start-up et des entreprises en croissance, un examen des résultats de la recherche publique pouvant trouver une application de défense et, lorsque cela sera possible, le recours à l’État comme premier client. Le premier ministre Luc Frieden a par ailleurs annoncé un fonds d’investissement de 150 millions d’euros destiné aux jeunes entreprises technologiques.

Une dépense publique appelée à changer d’échelle

L’enjeu dépasse la reconversion d’un terrain industriel. Le Luxembourg a arrêté une trajectoire portant son effort de défense à 2,1 % du revenu national brut en 2027, 2,2 % en 2028 et 2,3 % en 2029. Sur la base des prévisions économiques actuelles, ces taux représenteraient respectivement environ 1,373 milliard, 1,513 milliard et 1,665 milliard d’euros. Les montants évolueront avec les estimations de revenu national, contrairement aux pourcentages déjà décidés.

Le revenu national brut sert de référence au Luxembourg en raison de la structure singulière de son économie. L’engagement de l’OTAN pour 2035 atteint cinq pour cent au total, dont 3,5 % pour la défense au sens strict et 1,5 % pour des dépenses de sécurité plus larges. Le gouvernement a choisi de ne pas fixer la trajectoire au-delà de 2029, laissant cette décision à l’exécutif issu des élections de 2028 et à la lumière du prochain examen de l’Alliance.

Transformer ces milliards en activité locale ne va pourtant pas de soi. Les entreprises devront obtenir des certifications, recruter des compétences rares, accéder aux chaînes d’approvisionnement alliées et décrocher des commandes durables. Les contrôles de sécurité et d’exportation réduiront aussi le cercle des investisseurs et des clients possibles.

Le projet de loi et le campus constituent donc moins un résultat qu’une architecture. Le gouvernement crée un lieu, des capitaux et des règles afin qu’une industrie puisse émerger. La véritable mesure du succès viendra ensuite : la part des marchés remportés au Luxembourg, les technologies qui atteindront la production et les emplois qui survivront au premier cycle de dépenses publiques.

Le Luxembourg fabriquera-t-il des chars ou des missiles ?
Le gouvernement l’exclut. Il entend concentrer la filière sur le spatial, les satellites, les logiciels, les télécommunications, la cybersécurité et d’autres technologies avancées.
Que prévoit le nouveau cadre légal ?
Les fabricants devront obtenir un agrément, satisfaire à des contrôles de propriété et de sécurité, puis assurer la traçabilité complète des produits.
Où sera installé le Defence Campus ?
Le gouvernement prévoit de l’implanter sur l’ancien site industriel de Liberty Steel à Dudelange.

À lire aussi sur : Cybersecurity, Defence Industry, Dudelange, Industrial Policy, Nato, Space Tech

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