Économie sociale
Au Luxembourg, le chômage atteint 6,4 % malgré davantage d’offres
La progression touche fortement les diplômés et plusieurs métiers de services, tandis que les recrutements se concentrent ailleurs.

Le marché du travail luxembourgeois ne manque pas simplement d’offres : il peine de plus en plus à faire correspondre les emplois proposés et les personnes qui en cherchent un. Fin juin, l’ADEM recensait 19 619 demandeurs d’emploi résidents disponibles. Ils étaient 1 733 de plus qu’un an auparavant, soit une progression de 9,7 %.
Calculé par le STATEC et corrigé des variations saisonnières, le taux de chômage s’établit désormais à 6,4 %. La hausse traverse toutes les catégories, mais frappe avec une intensité particulière les profils réputés les mieux protégés. Le nombre de demandeurs d’emploi hautement qualifiés a augmenté de 19,1 % en un an. Chez les 30-44 ans, la progression atteint 12,8 %.
Les métiers concernés dessinent une géographie familière de l’économie luxembourgeoise : secrétariat et assistance, informatique, comptabilité, gestion et banque. La dégradation ne se limite donc ni aux emplois saisonniers ni aux postes les moins qualifiés. Elle atteint le cœur administratif, numérique et financier du pays.
Le paradoxe des postes vacants
Dans le même temps, les employeurs ont déclaré 3 167 offres à l’ADEM au cours du mois de juin, 7,2 % de plus qu’en juin 2025. Le stock de postes disponibles a progressé de 3,1 %, à 7 081.
Ces deux évolutions ne s’annulent pas. Les offres qui augmentent le plus concernent la conception et les études dans la construction, le nettoyage industriel, l’action sociale et socioculturelle ainsi que les soins paramédicaux. Elles ne correspondent pas nécessairement aux compétences, aux autorisations professionnelles ou aux attentes salariales de personnes issues de la banque, de l’informatique ou de l’administration.
Une offre vacante n’est ainsi pas un emploi immédiatement accessible à n’importe quel demandeur. Certaines fonctions imposent un diplôme précis, une expérience réglementée, des horaires particuliers ou une combinaison de langues. À l’inverse, un candidat très diplômé peut posséder une spécialisation devenue moins recherchée. Les statistiques mensuelles ne mesurent pas séparément chacun de ces obstacles, mais leur juxtaposition révèle un problème d’ajustement.
La hausse des offres peut même signaler que les entreprises éprouvent des difficultés persistantes à recruter dans certains métiers. Elle ne suffit donc pas à conclure que le marché se redresse.
Une pression qui dépasse les seuls résidents
L’ADEM a enregistré 2 478 nouvelles inscriptions de résidents en juin, soit 3 % de plus qu’un an auparavant. Parmi les personnes déjà inscrites, 9 904 percevaient l’indemnité de chômage complet. En parallèle, 1 573 personnes en reclassement professionnel bénéficiaient d’une indemnité d’attente ou d’une indemnité professionnelle d’attente.
Le mouvement est encore plus rapide parmi les non-résidents suivis par l’agence. Leur nombre atteint 4 144, en hausse annuelle de 25,2 %. Parmi eux, 2 421 relèvent du reclassement professionnel externe. Les 1 723 autres se sont inscrits volontairement sans pouvoir prétendre à une aide financière ; cette catégorie a bondi de 55,9 % en un an.
Ces non-résidents ne doivent pas être additionnés mécaniquement au taux de chômage des résidents calculé par le STATEC. Ils éclairent néanmoins la dimension transfrontalière du ralentissement. L’appareil productif luxembourgeois repose sur des salariés venus quotidiennement de France, de Belgique et d’Allemagne, et ses difficultés se répercutent nécessairement au-delà des frontières.
Une fragilité installée depuis 2023
Le chiffre de juin prolonge une tendance plutôt qu’il ne crée une rupture. Fin mai, l’ADEM comptait 19 674 demandeurs d’emploi résidents disponibles et le taux corrigé s’élevait à 6,2 %. En présentant son rapport annuel au printemps, l’agence avait décrit un marché qui s’essouffle depuis 2023, bien que l’emploi intérieur ait encore gagné environ 6 000 postes en 2025.
« Face aux évolutions du marché de l’emploi qui traduisent des défis de nature structurelle, appelant des réponses à la fois ambitieuses, coordonnées et durables, le rôle de l’ADEM est plus central que jamais », déclarait en mai le ministre du Travail, Marc Spautz.
La notion de difficulté structurelle invite à regarder au-delà d’un seul taux. Si l’économie crée des emplois sans réduire le nombre de personnes inscrites, la réponse ne peut se limiter à attendre une reprise générale. Elle touche à la reconversion, à la formation continue, à la reconnaissance des compétences et à la capacité des employeurs à ouvrir leurs critères de recrutement.
Les données de juin ne disent pas encore si le passage à 6,4 % sera durable, ni combien de temps les nouveaux inscrits resteront sans emploi. Elles établissent toutefois un constat plus préoccupant qu’une simple baisse ponctuelle des embauches : au Luxembourg, les emplois disponibles et les travailleurs disponibles semblent de moins en moins se rencontrer.
Questions fréquentes
- Combien de demandeurs d’emploi résidents l’ADEM recense-t-elle ?
- L’agence en comptait 19 619 à la fin de juin 2026, soit 1 733 de plus qu’un an auparavant.
- Comment les offres peuvent-elles augmenter en même temps que le chômage ?
- Les secteurs qui recrutent davantage ne correspondent pas toujours aux qualifications et aux métiers des personnes nouvellement inscrites.
- Quels profils connaissent la plus forte hausse ?
- Les demandeurs d’emploi hautement qualifiés enregistrent une progression annuelle de 19,1 %, devant notamment les 30-44 ans à 12,8 %.
Sources
Autour de Luxembourg
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