Industrie de défense

Char Leopard : Berlin et Paris à parité, avant la Bourse

En prenant 40 % de KNDS, l'État allemand s'aligne sur la France et lève le dernier verrou d'une entrée en Bourse.


Lecture · 3 min

Des chars de combat sans marquage alignés dans un vaste hall d'assemblage éclairé.
Image d'illustration : KNDS fabrique le Leopard 2 et d'autres systèmes terrestres ; l'Allemagne prend 40 % aux côtés de la France avant une introduction en Bourse.Illustration générée par IA — Étude

L'État allemand entre au capital de KNDS à hauteur de 40 %. En prenant le contrôle conjoint, avec la France, du fabricant franco-allemand du char Leopard 2, Berlin lève le dernier obstacle à l'introduction en Bourse de l'un des fleurons de l'industrie de défense européenne — et scelle, au passage, un rapprochement stratégique avec Paris au moment où le continent se réarme.

L'opération passe par la KfW, la banque publique de développement allemande, qui débourserait environ huit milliards d'euros. La famille fondatrice Wegmann, propriétaire de la moitié du groupe depuis sa création, se retire entièrement, tandis que Paris réduit sa propre participation afin que les deux États se retrouvent à parité.

Une parité chèrement acquise

Dans un communiqué commun, les deux gouvernements affirment être parvenus « à un accord sur la stratégie et la gouvernance de KNDS », dont ils entendent devenir actionnaires conjoints à parts égales. Berlin, lui, ne s'embarrasse d'aucune circonlocution.

La participation « garantira une influence durable sur une entreprise stratégiquement importante pour la sécurité et la capacité de défense européennes », a déclaré le gouvernement allemand.

L'équilibre n'a rien d'anecdotique : il est la raison d'être de l'édifice. KNDS est né en 2015 de la fusion entre l'allemand Krauss-Maffei Wegmann, contrôlé par une famille, et le français Nexter, propriété de l'État — un mariage censé donner naissance à un champion européen des systèmes terrestres, capable de rivaliser avec les géants américains. La parité capitalistique est, depuis l'origine, la règle tacite de ce pacte. Le départ des actionnaires familiaux la menaçait : seule l'entrée de Berlin au même niveau que Paris pouvait la préserver.

Le chemin fut laborieux. Le calibrage de la part allemande a fait l'objet de longs mois de tractations, le ministère de la défense plaidant pour 40 % pleins, et non pour une minorité de blocage plus modeste, au nom de la protection des technologies sensibles, de l'emploi industriel et d'un véritable droit de regard sur les exportations.

Un catalogue à la mesure de la guerre

Établi à Amsterdam, KNDS figure parmi les noms qui dessinent le réarmement du continent. Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 4,4 milliards d'euros en 2025, emploie plus de 11 000 personnes et dispose d'un carnet de commandes d'environ 33 milliards. Son catalogue se lit comme l'inventaire de la guerre en Ukraine : les chars Leopard 2 et Leclerc, les canons PzH 2000 et CAESAR, les véhicules de combat Puma et Boxer.

Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, la demande pour ces matériels a explosé. Les gouvernements européens regarnissent des arsenaux amaigris par des décennies de sous-investissement tout en continuant d'armer Kyiv. KNDS a engrangé des commandes record, accru ses cadences et installé jusqu'en Ukraine des capacités de maintenance.

La Bourse pour horizon

La cession du bloc familial dégage la dernière marche avant l'introduction en Bourse. Selon des sources proches du dossier, KNDS prépare une double cotation à Francfort et à Paris, dont l'annonce pourrait intervenir d'ici quelques jours, pour une valorisation comprise entre 15 et 18 milliards d'euros — voire proche de 20 milliards selon certaines estimations. Un quart seulement du capital serait mis sur le marché ; les deux États conserveraient la main.

Réussie, l'opération compterait parmi les plus importantes introductions du secteur de la défense en Europe depuis des années. Elle survient alors que les titres de l'armement connaissent une réévaluation historique : les investisseurs qui boudaient hier le secteur pour des raisons éthiques courtisent aujourd'hui ses carnets de commandes. Pour KNDS, le capital public apporte les moyens de croître au rythme exigé par les États.

L'épisode dit surtout un renversement. Il y a dix ans, les États européens se délestaient de leurs participations dans l'armement et rognaient leurs budgets militaires. Les voici qui rachètent — et qui traitent désormais la maîtrise des usines à chars et à canons non plus comme une ligne dans un bilan de privatisation, mais comme une affaire de souveraineté.

Qu'est-ce que KNDS ?
KNDS est un industriel de défense franco-allemand né en 2015 de la fusion de l'allemand Krauss-Maffei Wegmann et du français Nexter. Établi à Amsterdam, il fabrique les chars Leopard 2 et Leclerc et les canons PzH 2000 et CAESAR.
Pourquoi l'Allemagne entre-t-elle maintenant ?
La famille fondatrice se retire. Berlin veut s'aligner sur la participation française pour conserver un contrôle paritaire d'une entreprise jugée stratégique et permettre l'introduction en Bourse.
Quand et où KNDS sera-t-il coté ?
Selon plusieurs sources, une double cotation à Francfort et Paris est envisagée, avec une annonce possible sous quelques jours. Aucune date ni place officielle n'est encore confirmée.

À lire aussi sur : Defence Industry, France, Germany, European Defence, Ipo, Knds, Rearmament, Leopard 2

Un regard sur les reportages récents en europe de la rédaction de Étude.


D'autres reportages d'Étude portant les mêmes étiquettes que cet article.


naviguerouvrirescfermer