Mémoire
Adoptions forcées : le jour où Londres et La Haye ont demandé pardon
Deux États européens ont présenté le même jour leurs excuses aux dizaines de milliers de mères contraintes, dans l'après-guerre, d'abandonner leur enfant à la naissance.

Il aura fallu plus d'un demi-siècle pour que la phrase soit prononcée — et elle l'a été deux fois le même jour. Jeudi, à Londres et à La Haye, deux États européens ont demandé pardon aux dizaines de milliers de femmes qu'ils ont contraintes, dans les décennies d'après-guerre, à abandonner leur enfant à la naissance. L'État, qui organisait jadis la séparation, plaide désormais coupable.
Devant la Chambre des communes, le premier ministre Keir Starmer a présenté les excuses de la Grande-Bretagne pour un système d'adoption qui, entre 1949 et 1976, a séparé environ 185 000 nourrissons de leurs mères célibataires en Angleterre et au pays de Galles. « Nous sommes profondément et sincèrement désolés », a-t-il déclaré, évoquant une « tache sur notre histoire » et des femmes « contraintes, brutalisées ou trompées jusqu'à croire qu'elles n'avaient pas le choix ».
« L'État n'a pas fait assez pour protéger les mères, les enfants et les familles, et de cette faillite systémique je suis sincèrement désolé. » — Keir Starmer, devant la Chambre des communes
« La honte, a-t-il ajouté, revient à l'État et à tous ceux qui portaient la responsabilité. »
La honte érigée en politique
Dans la Grande-Bretagne de l'après-guerre, une grossesse hors mariage relevait moins de la vie privée que du scandale public. Les jeunes femmes — beaucoup étaient adolescentes — étaient envoyées dans des foyers pour mères et enfants, souvent tenus par des Églises et des œuvres caritatives, avec l'aval des autorités. Elles y étaient, ont témoigné les survivantes des décennies durant, humiliées, isolées, puis conduites pas à pas vers les papiers d'abandon.
En 2022, la commission mixte des droits de l'homme du Parlement britannique a documenté cette mécanique dans le détail — jusqu'aux antalgiques refusés pendant l'accouchement — et réclamé des excuses pour « la douleur et la souffrance causées par des institutions publiques et des agents de l'État qui ont poussé de force des mères vers des adoptions non désirées ». Westminster s'y est refusé des années durant, quand l'Écosse et le pays de Galles s'exécutaient dès 2023, et l'Église d'Angleterre il y a deux semaines.
Jeudi, Ann Keen, ancienne ministre de la santé, dont le fils fut emmené en 1966 — elle avait 17 ans —, a résumé l'enjeu : « Nous avons besoin de ces excuses, parce qu'on nous a toujours accusées d'avoir abandonné nos bébés, et nous ne les avons pas abandonnés. »
Le geste s'accompagne d'une enveloppe modeste : 4 millions de livres (5,3 millions de dollars) pour l'accès aux dossiers d'adoption, les services de retrouvailles familiales et la recherche sur les séquelles au long cours. Pas d'indemnisation, en revanche — l'absence que les associations ont pointée aussitôt.
À La Haye, le même aveu
Le même jour, au théâtre Amare de La Haye, la secrétaire d'État Claudia van Bruggen présentait au nom du gouvernement néerlandais des excuses jumelles. De 1956 à 1984, quelque 14 000 femmes — jeunes et célibataires pour la plupart — ont dû céder environ 15 000 enfants, sous la pression conjuguée des familles, des Églises et des institutions. La commission d'enquête indépendante qui a remis son rapport en 2025 a établi que le Conseil de protection de l'enfance faisait signer aux mères des déclarations d'abandon sous la contrainte, en leur laissant croire que la décision ne souffrait aucun délai. Certaines n'ont jamais pu voir leur nouveau-né.
« Cela n'aurait jamais dû arriver », a déclaré Mme van Bruggen, qui promet au Parlement, avant l'été, un train de mesures de reconnaissance et de réparation.
Les afstandsmoeders néerlandaises savent ce que pèsent ces promesses : en mars 2025, une cour d'appel a jugé que l'État n'était pas juridiquement responsable de leurs souffrances, et l'indemnisation annoncée a déjà été repoussée. Frans Haven, abandonné à la naissance, a salué des excuses qui ne sont à ses yeux qu'une virgule, pas un point final : ce qu'il réclame, c'est l'accès sans entrave à son propre dossier.
Une mémoire européenne à vif
Ces excuses croisées prolongent un examen de conscience engagé depuis plus d'une décennie dans les démocraties occidentales : l'Australie de Julia Gillard en 2013, l'Irlande en 2021 pour ses foyers mère-enfant. Chaque fois, la séquence se répète — une enquête tardive, des excuses pesées au trébuchet, puis une longue bataille pour les archives, l'argent et les responsabilités.
L'urgence, désormais, est démographique : les plus jeunes de ces mères ont passé soixante ans, beaucoup en ont quatre-vingts. La valeur des mots de jeudi se mesurera à une seule aune — que les dossiers s'ouvrent et que l'aide arrive de leur vivant.
Questions fréquentes
- Que recouvrent les « adoptions forcées » d'après-guerre ?
- Des jeunes femmes enceintes hors mariage, souvent mineures, étaient placées dans des foyers et poussées par leur famille, les Églises et les institutions à signer l'abandon de leur nouveau-né — environ 185 000 enfants en Angleterre et au pays de Galles, quelque 15 000 aux Pays-Bas.
- Une indemnisation est-elle prévue ?
- Pas à ce stade. Londres finance l'accès aux archives, les services de retrouvailles et la recherche ; La Haye promet des mesures de reconnaissance avant l'été, après qu'une cour d'appel a écarté en 2025 la responsabilité juridique de l'État.
- Pourquoi ces excuses arrivent-elles maintenant ?
- Les enquêtes officielles — parlementaire au Royaume-Uni en 2022, commission indépendante aux Pays-Bas en 2025 — ont rendu le déni intenable, alors que les mères survivantes, très âgées, risquent de ne pas voir la réparation.
Sources
Autour de Europe
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