La diplomatie du détroit

Téhéran dissocie l’accord maritime avec Oman de la réouverture d’Ormuz

L’Iran juge proche un compromis sur la circulation des navires, mais exige de Washington la levée du blocus et des sanctions avant de rouvrir le passage.


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Des pétroliers attendent à l’aube devant les voies de navigation désertes du détroit d’Ormuz.
Vue illustrative de pétroliers près du détroit d’Ormuz, dont l’Iran affirme qu’un arrangement maritime avec Oman ne suffirait pas à assurer la réouverture.Illustration générée par IA — Étude

À Ormuz, la géographie de la navigation et la politique de la réouverture ne relèvent plus de la même négociation. C’est la distinction que l’Iran a imposée dimanche, au moment où la médiation omanaise semblait offrir une issue rapide à la paralysie du détroit.

Le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré à Téhéran que les discussions sur de nouveaux itinéraires maritimes étaient entrées dans leur phase finale. Il a aussitôt retiré à cette avancée toute valeur de promesse quant à la reprise du trafic.

« Cela ne signifie toutefois pas que le détroit d’Ormuz sera rouvert. »

— Abbas Araghchi, ministre iranien des affaires étrangères

Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien réclame au préalable une inflexion générale de la politique américaine. Sa liste comprend la fin des menaces et des hostilités contre l’Iran et ses alliés régionaux, la levée du blocus naval et des sanctions, le retrait des forces américaines de la zone, la restitution des avoirs iraniens gelés et une indemnisation des dommages de guerre.

L’enjeu n’est donc plus seulement de faire circuler des pétroliers. Téhéran cherche à utiliser le détroit pour obtenir le rétablissement des engagements qu’il estime inscrits dans le mémorandum conclu avec Washington en juin. Des messages continuent d’être échangés par l’intermédiaire de médiateurs, a indiqué M. Araghchi, mais l’Iran refuse d’y voir la reprise de négociations formelles.

Une voie maritime ne fait pas encore un accord

Le projet discuté avec Oman organiserait la navigation selon le sens du trafic. Les bâtiments entrant dans le Golfe emprunteraient une voie septentrionale dans les eaux iraniennes; ceux qui en sortent passeraient au sud, dans les eaux omanaises. Aucun péage ne serait perçu pendant la période provisoire.

Ce dispositif accorderait un rôle aux deux Etats riverains sans trancher le bras de fer entre Téhéran et Washington. Selon des personnes informées des pourparlers, il devrait également relancer un délai de 60 jours destiné à négocier le dossier nucléaire iranien. Les modalités ne sont pas définitives et peuvent encore être modifiées.

La confiance des armateurs constitue une autre inconnue. Il ne suffit pas d’ouvrir juridiquement une voie lorsque subsistent des mines, des forces militaires, des risques d’attaque et des primes d’assurance prohibitives. La reprise réelle suppose que les compagnies estiment la traversée durablement praticable.

Le commandement central américain affirme que son blocus avait, samedi, dérouté 53 navires commerciaux, neutralisé deux bâtiments et arraisonné deux autres. Cette comptabilité émane de l’armée américaine. L’Iran soutient de son côté que les Etats-Unis ont violé l’accord de juin et présente la fermeture comme une réponse à cette rupture.

Le mémorandum de juin, accord et piège de séquençage

Le texte de juin prévoyait que les Etats-Unis commencent immédiatement à lever leur blocus naval et achèvent l’opération sous 30 jours. L’Iran devait assurer pendant 60 jours un passage commercial sûr et gratuit, tout en discutant avec Oman et les autres Etats du Golfe de la future administration du détroit.

Un second calendrier de 60 jours était consacré à un accord final. Le mémorandum envisageait un programme de levée des sanctions, des dérogations américaines permettant les exportations pétrolières iraniennes et une procédure pour rendre à l’Iran l’usage de ses avoirs gelés. Téhéran réaffirmait qu’il ne développerait pas d’arme nucléaire. Le sort des matières enrichies et l’avenir de l’enrichissement en Iran restaient à négocier.

L’architecture reposait sur une progression simultanée. Le retour des navires, la fin du blocus, les dérogations pétrolières et les fonds débloqués devaient créer les conditions d’une discussion nucléaire. Lorsque chaque camp a accusé l’autre de manquer à ses premières obligations, l’ordre des étapes s’est transformé en moyen de coercition.

Washington peut différer les bénéfices économiques; Téhéran peut interrompre une artère maritime. Les nouvelles exigences iraniennes cherchent précisément à inverser ce rapport: aucune négociation substantielle, affirme l’Iran, tant que les violations alléguées du mémorandum ne sont pas corrigées.

Au Luxembourg, une vulnérabilité inscrite dans les prix

En temps normal, quelque 15 millions de barils de brut et cinq millions de barils de produits pétroliers traversent chaque jour le détroit, soit environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole selon l’Agence internationale de l’énergie. Aucune infrastructure de contournement ne peut absorber un tel volume.

Le Luxembourg n’achète pas nécessairement ses carburants directement aux producteurs du Golfe. Sa vulnérabilité est celle du marché: le pays ne possède aucune raffinerie et importe la totalité de son pétrole sous forme de produits finis. Les perturbations du brut et du raffinage se répercutent ainsi le long des chaînes européennes.

Le mécanisme luxembourgeois rend cette transmission particulièrement lisible. Les prix maximaux de l’essence, du diesel, du mazout et du gaz de pétrole liquéfié sont calculés quotidiennement à partir des cotations de marché, auxquelles s’ajoutent fiscalité et coûts de distribution.

Une fermeture prolongée peut donc peser sur les automobilistes, les frontaliers, le transport routier, l’aviation et les ménages chauffés au mazout, même si leur carburant physique n’a jamais franchi Ormuz. C’est le prix marginal mondial, plutôt que l’origine du dernier litre livré, qui transmet la crise.

La médiation omanaise demeure susceptible de produire un arrangement utile. Mais le message iranien est désormais sans ambiguïté: le dessin des routes ne suffit pas. La réouverture dépendra de la capacité des deux adversaires à restaurer, ou à remplacer, le fragile compromis de juin.

Le détroit d’Ormuz va-t-il rouvrir prochainement?
Aucune réouverture n’est acquise. L’Iran dit qu’un accord sur les routes avec Oman ne suffira pas sans concessions américaines.
Que prévoit le projet négocié avec Oman?
Les navires entrants utiliseraient une route en eaux iraniennes et les navires sortants une route en eaux omanaises, sans péage provisoire.
Pourquoi le Luxembourg est-il concerné?
Le pays importe tous ses produits pétroliers et calcule leurs prix maximaux à partir de marchés internationaux sensibles à Ormuz.

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