Golfe
L'Iran décrète la fermeture du détroit d'Ormuz, Washington lance une troisième vague de frappes
Réunis le jour même pour parler de la sécurité de la navigation, Téhéran et Mascate ont été pris de vitesse : le soir, les Gardiens de la révolution tiraient sur un porte-conteneurs et fermaient la voie maritime la plus stratégique du monde.

Il aura suffi de quelques heures pour que la diplomatie soit rattrapée par la canonnière. Samedi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, discutait encore avec son homologue omanais, Badr al-Busaidi, des « mécanismes appropriés pour le passage sûr des navires » dans le détroit d'Ormuz. Le soir même, la marine des Gardiens de la révolution ouvrait le feu sur un porte-conteneurs, et Téhéran décrétait la fermeture « jusqu'à nouvel ordre » de la voie d'eau par laquelle transite environ un cinquième du pétrole mondial. La riposte américaine n'a pas tardé : à 19 h 15, heure de la côte Est — dans la nuit de samedi à dimanche en Europe —, l'armée américaine lançait sa troisième vague de frappes contre l'Iran en une semaine.
Selon le commandement central américain (Centcom), le GFS Galaxy, porte-conteneurs sous pavillon chypriote, a pris feu, sa salle des machines est gravement endommagée et il ne peut poursuivre sa route ; un marin est porté disparu. Les frappes, affirme Centcom, visent à « dégrader la capacité de l'Iran à attaquer les marins civils et les navires de commerce qui transitent librement par le détroit ». Les médias américains évoquent plus de 300 cibles touchées au fil des trois vagues de la semaine.
Téhéran livre une tout autre version : un tir de semonce contre un navire qui aurait coupé son transpondeur et quitté le corridor autorisé — une « route non autorisée », selon les Gardiens. La fermeture, préviennent-ils, durera jusqu'à « la fin de l'ingérence américaine dans la région ».
Une trêve morte en trois semaines
Le mémorandum d'entente signé le 17 juin par Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian devait clore la guerre ouverte le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre des sites militaires et nucléaires iraniens, qui avaient notamment coûté la vie au Guide suprême Ali Khamenei. Téhéran s'engageait à garantir pendant soixante jours un passage sûr et sans péage par Ormuz, le temps de négocier sur le nucléaire et la levée des sanctions.
L'édifice n'a pas tenu un mois. En début de semaine, les forces iraniennes ont visé trois navires de commerce, dont le méthanier qatari Al Rekayat, évacué après un incendie, et le pétrolier saoudien Wedyan. Washington a répliqué mardi soir par une première vague d'environ 80 cibles. Mercredi, en marge du sommet de l'OTAN à Ankara, Donald Trump a enterré la trêve : « Je pense que c'est fini. Je ne veux plus avoir affaire à eux ; c'est de la racaille. » Une deuxième vague a suivi, contre quelque 90 objectifs liés, selon Washington, aux capacités antinavires iraniennes.
Jeudi, la riposte iranienne a débordé les frontières : missiles et drones contre des bases américaines au Koweït et à Bahreïn, dix missiles balistiques — huit interceptés — contre la base jordanienne d'Al-Azraq. Le Koweït dit avoir abattu trois missiles balistiques, un missile de croisière et dix drones ; une personne a été blessée par des débris. Les Gardiens de la révolution ont parlé de la « première phase » d'une « riposte punitive ».
« Si vous frappez, vous serez frappés. »
L'avertissement du président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, s'accompagne d'une doctrine désormais explicite : le détroit, dit-il, « ne sera ouvert que selon les arrangements iraniens ».
Négocier quand même
Paradoxe de cette escalade : personne n'a formellement dénoncé le mémorandum, dont la fenêtre de soixante jours court jusqu'à la mi-août. Donald Trump laisse ses négociateurs, l'émissaire Steve Witkoff et Jared Kushner, poursuivre les contacts ; Oman et le Qatar continuent leur médiation. « Il ne peut y avoir qu'un respect mutuel des engagements », répète M. Araghchi, résumant la thèse iranienne selon laquelle ce sont les frappes américaines qui ont vidé l'accord de sa substance. Chaque salve, pourtant, rétrécit l'espace des médiateurs.
Le baril attend lundi
La première fermeture, à partir de la fin février, avait propulsé le brent jusqu'à quelque 126 dollars le baril en mars — la plus grave rupture d'approvisionnement énergétique depuis les années 1970. La trêve l'avait ramené autour de 75 dollars ; vendredi, il a clôturé vers 75,50 dollars, en hausse de près de 5 % sur la semaine à mesure que se multipliaient les attaques contre les navires. Si la fermeture décrétée samedi se confirme, la réouverture des marchés, lundi, promet une réévaluation brutale.
L'Europe, elle, paiera par l'inflation importée. Le Luxembourg venait précisément de s'en prémunir : le paquet de mesures énergétiques voté jeudi par la Chambre des députés — ristourne de cinq centimes par litre à la pompe depuis le 1er juillet, aides sur le gaz et le mazout à partir du 1er août, 432,5 millions d'euros au total — avait été calibré contre le choc de prix qu'engendre un détroit bloqué. Reste à savoir si le calibrage survivra aux décisions de Téhéran et de Washington.
D'ici à la mi-août, terme du mémorandum, il reste aux médiateurs omanais et qatariens une étroite fenêtre. Elle se mesure désormais moins en jours qu'en salves.
Questions fréquentes
- Pourquoi le détroit d'Ormuz est-il si stratégique ?
- Environ un cinquième du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié y transitent, sans itinéraire maritime de substitution pour les producteurs du Golfe : toute fermeture se répercute directement sur les prix mondiaux de l'énergie.
- La trêve entre Washington et Téhéran est-elle officiellement rompue ?
- Donald Trump l'a déclarée « finie », mais aucune des deux parties n'a formellement dénoncé le mémorandum du 17 juin, dont la fenêtre de soixante jours court jusqu'à la mi-août ; Oman et le Qatar poursuivent leur médiation.
- Que s'est-il passé à bord du GFS Galaxy ?
- Selon Centcom, ce porte-conteneurs sous pavillon chypriote a pris feu et subi de graves dommages en salle des machines après des tirs des Gardiens de la révolution ; un marin est porté disparu. Téhéran évoque un tir de semonce contre un navire au transpondeur coupé.
- Quelles conséquences pour les prix au Luxembourg ?
- Une fermeture durable renchérit carburants, gaz et mazout. Les aides votées le 9 juillet — ristourne à la pompe depuis le 1er juillet, soutiens sur le gaz et le mazout au 1er août — visaient précisément à amortir ce choc.
Sources
Sur les mêmes thèmes
D'autres reportages d'Étude portant les mêmes étiquettes que cet article.
Plus dans Monde
À suivre sur Étude
Travail d'été Job étudiant d'été au Luxembourg : la règle des 346 heures et un seuil fiscal à vérifier
Fiscalité luxembourgeoise Les classes d'impôt au Luxembourg (1, 1a, 2) expliquées : qui relève de chacune
Fraude au séjour Le Luxembourg perquisitionne sa direction de l'immigration dans une vaste fraude au séjour
Guide du nouvel arrivant Comment fonctionne le système de santé au Luxembourg, et comment s'affilier à la CNS



