Une nuit de secours sur l’île de Kyushu
Le Japon cherche des disparus après l’effondrement d’un centre commercial à Kumamoto
Le violent séisme a fragilisé des bâtiments, coupé des réseaux et interrompu les transports dans une région encore marquée par la catastrophe de 2016.

La nuit est tombée sur Kumamoto sans dissiper l’incertitude. Dans la commune de Kashima, les secouristes fouillaient encore un centre commercial partiellement effondré, tandis que les autorités tentaient d’évaluer les dégâts dans une préfecture traversée par des routes coupées, des incendies et des pannes d’électricité.
Le séisme s’est produit mardi à 16 h 27, heure locale. L’Agence météorologique japonaise en a évalué la magnitude à 7,1, à environ dix kilomètres de profondeur. À Uki et Hikawa, les instruments ont enregistré le niveau sept, le maximum de l’échelle japonaise shindo, qui mesure l’intensité des secousses ressenties localement.
Le service géologique américain a calculé pour sa part une magnitude de 6,8. Cette différence, fréquente dans les premières évaluations, tient aux données et aux méthodes employées par chaque réseau. Elle ne change rien au constat essentiel : les mouvements du sol ont atteint une violence extrême à proximité du foyer.
Le centre commercial concentre l’urgence
À AEON MALL Kumamoto, une explosion a été signalée pendant l’évacuation du bâtiment, avant l’effondrement d’une partie du deuxième étage. La cause de l’explosion n’était pas établie. Selon des informations de la police relayées par Kyodo News, environ 20 à 30 employés restaient introuvables.
Plusieurs personnes ont été dégagées des décombres et hospitalisées. Environ 200 clients et salariés auraient réussi à gagner le parking extérieur. Les équipes de secours devaient toutefois progresser avec prudence dans une structure fragilisée, susceptible de céder à nouveau sous l’effet d’une réplique.
Les hôpitaux de Yatsushiro et de Kumamoto ont accueilli au total quelque 90 blessés, selon les chiffres de Kyodo repris par l’Associated Press. La gravité de leurs blessures n’était pas entièrement connue et aucun bilan définitif des victimes n’avait été arrêté au moment de la publication.
La première ministre, Sanae Takaichi, a demandé à l’ensemble du gouvernement de travailler avec les collectivités locales et a envoyé une équipe d’évaluation dans la préfecture.
« En étroite coordination avec les autorités locales, et selon le principe qui place la vie humaine au-dessus de tout, ne ménagez aucun effort dans la réponse d’urgence, notamment pour sauver et secourir les victimes, avec un gouvernement agissant d’un seul bloc. »
Des hélicoptères de la police, des pompiers et des forces armées ont été mobilisés afin de reconnaître les secteurs difficiles d’accès et de repérer d’éventuels foyers de dégâts encore inconnus.
Une préfecture ralentie et partiellement isolée
Quelque 40 000 foyers ont été privés d’électricité. Environ 300 000 personnes ont reçu la consigne de rejoindre des centres d’évacuation, selon les autorités japonaises de gestion des catastrophes citées par El País. Des coupures d’eau ont également été constatées, conduisant le gouvernement à annoncer un soutien ciblé aux communes concernées.
Les trains à grande vitesse Kyushu Shinkansen et plusieurs lignes locales ont été suspendus pour inspection. Un train a déraillé et s’est couché sur le flanc à la gare de Yatsushiro, sans que les premiers comptes rendus permettent de déterminer si des personnes avaient été grièvement blessées. L’aéroport Aso Kumamoto a fermé sa piste.
Des ponts et des chaussées ont été endommagés, compliquant l’acheminement des secours. À Kumamoto même, des portions des murs de pierre du château ont cédé. Le monument, gravement touché en 2016, avait fait l’objet d’une reconstruction longue et minutieuse.
Un avis de tsunami avait été émis pour les mers d’Ariake et de Yatsushiro ainsi que pour des secteurs côtiers voisins. Il a été levé dans les deux heures. L’autorité japonaise de régulation nucléaire n’a relevé aucune anomalie dans les trois centrales situées à proximité de la zone affectée.
Le précédent de 2016 impose la prudence
À Kumamoto, la mémoire de 2016 n’est pas un simple rappel historique. Cette année-là, une première secousse destructrice avait été suivie, un peu plus d’une journée plus tard, par un tremblement de terre encore plus puissant. Des bâtiments déjà fragilisés avaient alors cédé lors du second choc.
C’est pourquoi Sanae Takaichi a demandé aux habitants de rester vigilants pendant environ une semaine, une nouvelle secousse d’intensité comparable demeurant possible. Les risques concernent les immeubles instables, mais aussi les glissements de terrain, les chutes de maçonnerie et les conduites endommagées. Pour les sauveteurs, chaque réplique importante peut entraîner l’évacuation immédiate d’une zone de recherche.
La réponse japonaise bénéficie d’un système de préparation aux séismes parmi les plus éprouvés au monde. Mais l’organisation ne supprime ni la violence du choc ni l’incertitude des premières heures. Le nombre exact de personnes prises dans le centre commercial, la situation des communes encore difficiles à atteindre et le calendrier de rétablissement des réseaux demeuraient inconnus mardi soir.
La catastrophe se joue ainsi sur deux temporalités. Il faut, dans l’immédiat, retrouver les disparus et sécuriser les infrastructures. Il faudra ensuite déterminer si les bâtiments, les voies ferrées et les réseaux remis en état après 2016 ont résisté comme prévu à cette nouvelle épreuve.
Questions fréquentes
- Où le séisme a-t-il frappé le plus fort ?
- Les secousses les plus violentes ont été enregistrées à Uki et Hikawa, dans la préfecture de Kumamoto, sur l’île de Kyushu.
- Pourquoi les magnitudes annoncées diffèrent-elles ?
- L’Agence météorologique japonaise a calculé 7,1 et le service géologique américain 6,8 à partir de réseaux et de méthodes distincts.
- L’alerte au tsunami est-elle toujours en vigueur ?
- Non. L’avis concernant les mers d’Ariake et de Yatsushiro a été levé dans les deux heures.
Sources
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