Un accord rattrapé par la guerre

Israël frappe Gaza tandis que le désarmement du Hamas reste bloqué

À peine dévoilée, la feuille de route américaine bute sur une question existentielle pour les deux camps : qui doit céder en premier, le Hamas sur ses armes ou Israël sur son occupation militaire ?


Lecture · 4 min

Des rayonnages endommagés et des cartons médicaux dans un entrepôt illustrant la situation à Gaza.
Cette image illustre les dégâts subis par les stocks médicaux à Gaza et ne représente pas une frappe précisément documentée.Illustration générée par IA — Étude

La nouvelle initiative américaine pour Gaza devait substituer une mécanique contrôlée à la défiance entre Israël et le Hamas. Les frappes de vendredi soir et de samedi en ont aussitôt rappelé la fragilité. Plusieurs Palestiniens ont été tués et des dizaines d’autres blessés dans le centre et le nord de l’enclave, selon les autorités sanitaires locales.

Une frappe dans le quartier de Sheikh Radwan, à Gaza-ville, a fait au moins deux morts. À Deir al-Balah, une autre attaque a touché un entrepôt de fournitures médicales à proximité de l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa. Elle a endommagé des stocks dans un territoire où les établissements de santé travaillent déjà avec des ressources limitées. L’armée israélienne n’avait pas publiquement justifié ces deux opérations précises au moment de la rédaction.

Cette poursuite des bombardements intervient après l’annonce par Donald Trump, jeudi 30 juillet, d’un accord obtenu par son Conseil de paix. Le Hamas a accepté une feuille de route prévoyant le désarmement des factions, le transfert du pouvoir à une administration palestinienne technocratique et le retrait graduel de l’armée israélienne. L’annonce est importante ; elle ne vaut toutefois ni acceptation formelle par Israël ni commencement de l’exécution.

Une réciprocité encore théorique

Le dispositif repose sur des gestes successifs et vérifiés. Les armes lourdes du Hamas seraient neutralisées et placées dans des dépôts sous contrôle palestinien. Ses tunnels et ses ateliers de fabrication seraient démantelés. Une nouvelle police palestinienne, épaulée par une force internationale de stabilisation, prendrait progressivement le relais à mesure que les soldats israéliens se retireraient.

La formule contourne habilement l’idée d’une remise directe des armes à Israël. Elle ne résout pas pour autant le problème de la chronologie. Ghazi Hamad, un responsable du Hamas, affirme que le mouvement n’entamera aucune démarche de désarmement avant le retrait israélien. Des responsables israéliens répondent qu’aucun recul au-delà de la Ligne jaune actuelle n’aura lieu sans désarmement véritable. Le calendrier du retrait reste à arrêter.

Chaque camp redoute donc de perdre son moyen de pression avant d’avoir obtenu la contrepartie. Pour le Hamas, abandonner les armes sans départ militaire garanti reviendrait à se placer à la merci d’Israël. Pour Israël, quitter les positions occupées avant la démilitarisation créerait le risque d’un réarmement. Les contrôleurs internationaux sont censés certifier les engagements parallèles. Encore faut-il qu’une séquence commune soit acceptée et que les opérations militaires cessent pendant les vérifications.

La trêve d’octobre n’a jamais produit la paix

Le cessez-le-feu soutenu par Washington depuis octobre 2025 a mis fin aux principales opérations de combat, permis le retour d’otages israéliens et accru l’entrée de l’aide humanitaire. Il prévoyait déjà un retrait israélien progressif, une force internationale, le désarmement du Hamas et une reconstruction administrée par une nouvelle autorité palestinienne.

La mise en œuvre s’est ensuite enlisée dans les accusations mutuelles. Le Hamas a conservé son arsenal. L’armée israélienne est restée dans l’enclave et a étendu la zone qu’elle contrôle. Plus de 1 200 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu, selon le ministère de la Santé du territoire. Cinq soldats israéliens ont également péri dans des attaques menées par des groupes armés.

L’attaque conduite par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, avait fait environ 1 200 morts et entraîné la prise de 251 otages. L’offensive israélienne lancée ensuite a tué plus de 73 300 Palestiniens, d’après le ministère de la Santé de Gaza. Celui-ci ne sépare pas civils et combattants dans son décompte, mais affirme que les femmes et les enfants représentent environ la moitié des victimes.

Ils peuvent parler de retrait et de désarmement. Tout cela m’est égal tant qu’il n’y a ni nourriture ni médicaments.

Abdel Moneim Aboul-Roos, un chauffeur de 24 ans amputé d’une jambe après une frappe israélienne, ramène ainsi la négociation à sa mesure humaine. Les habitants déplacés jugent l’accord moins à la sophistication de ses procédures qu’à sa capacité à faire cesser les attaques, permettre les soins et rendre possible un retour, même dans des quartiers détruits.

Le silence de Benjamin Netanyahu

Israël n’avait toujours pas approuvé officiellement le texte samedi. Le premier ministre Benjamin Netanyahu gardait le silence, alors que son ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, rejetait l’accord et réclamait la poursuite des combats. Donald Trump soutient néanmoins que le gouvernement israélien a été étroitement consulté et se satisfait du résultat.

Le pouvoir civil et sécuritaire doit, à terme, revenir au Comité national pour l’administration de Gaza. Cette structure technocratique ne relèverait ni du Hamas ni de l’Autorité palestinienne. Elle ne prendrait possession de chaque secteur qu’après validation des engagements par des observateurs internationaux. Même dans l’hypothèse favorable, l’ensemble du désarmement s’étendrait sur plusieurs mois.

Le véritable événement n’est donc pas encore le désarmement du Hamas, mais l’existence d’un cadre plus précis pour le négocier. Les frappes israéliennes, le refus du Hamas d’agir le premier et l’absence d’engagement public de Netanyahu montrent néanmoins que ce cadre peut rester lettre morte. Sa première épreuve sera l’obtention d’une suspension effective des opérations et d’un mécanisme où retrait et désarmement avancent sans que l’un soit présenté comme la capitulation préalable de l’autre.

Que prévoit la nouvelle feuille de route pour Gaza ?
Elle organise le désarmement vérifié des factions, le transfert du pouvoir à une administration technocratique et le retrait progressif des forces israéliennes.
Pourquoi sa mise en œuvre est-elle bloquée ?
Le Hamas refuse de se désarmer avant le retrait israélien, alors qu’Israël exige que le désarmement précède tout recul militaire.
Israël a-t-il approuvé le texte ?
Israël ne l’avait pas formellement approuvé samedi, malgré les affirmations de Donald Trump sur une coordination étroite avec son gouvernement.

À lire aussi sur : Donald Trump, Gaza Ceasefire, Hamas, Israel, Middle East, Palestinian Territories

D'autres reportages d'Étude portant les mêmes étiquettes que cet article.


naviguerouvrirescfermer