Sommet atlantique

À Ankara, l'OTAN ouvre un sommet sous tension entre Trump et ses alliés européens

Réunis pour deux jours dans le complexe présidentiel d'Erdoğan, les Trente-Deux doivent afficher des plans crédibles pour atteindre l'objectif de 5 % du PIB, au lendemain d'une frappe russe meurtrière sur Kyiv.


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Des rangées de drapeaux nationaux sur de hauts mâts, à l'aube, devant un vaste complexe gouvernemental moderne et austère à Ankara.
Image d'illustration : des drapeaux nationaux devant un complexe gouvernemental à Ankara, où les 32 pays de l'OTAN se réunissent les 7 et 8 juillet 2026. Cette image est générée par IA et ne représente pas le sommet réel.Illustration générée par IA — Étude

ANKARA — C'est un sommet sous haute tension qui s'est ouvert mardi dans le complexe présidentiel de Recep Tayyip Erdoğan. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, l'OTAN tient sa réunion au sommet en Turquie, et les Trente-Deux s'y retrouvent à un moment où l'Alliance doute d'elle-même autant que de son plus puissant membre.

Présidées par le secrétaire général Mark Rutte, ces deux journées de discussions se déroulent sous le regard d'un président américain qui n'a guère caché ses réticences. « Si ce n'était qu'il se tenait en Turquie, chez le président Erdoğan, je ne pense pas que j'y serais allé », a lâché Donald Trump avant son départ – formule qui dit à la fois sa proximité avec son hôte et sa distance envers l'institution.

Le fracas de Kyiv en toile de fond

La diplomatie s'est ouverte sur fond de deuil. Dans la nuit de dimanche à lundi, la Russie a lancé contre Kyiv l'une de ses attaques les plus violentes de l'année : 68 missiles et 351 drones, selon l'état-major ukrainien. Au moins seize personnes ont été tuées dans la capitale et des dizaines blessées, des secouristes extrayant des habitants d'immeubles effondrés. Le quartier de Podil a été le plus touché, a indiqué le maire, Vitali Klitschko.

C'était la deuxième frappe d'ampleur sur la capitale en une semaine. Presque tous les missiles balistiques ont atteint leur cible, signe du tarissement des intercepteurs Patriot dont dispose l'Ukraine. Une rencontre entre M. Trump et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est attendue en marge du sommet.

La question des 5 %

Au cœur de l'ordre du jour, il y a l'argent. Un an après que les alliés se sont engagés à porter leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % du PIB d'ici à 2035 – 3,5 % pour le socle militaire, 1,5 % pour les infrastructures, la cyberdéfense et l'industrie –, M. Rutte attend des plans concrets, non des professions de foi. Trois priorités structurent la réunion : l'investissement, la production d'armements de part et d'autre de l'Atlantique, et le soutien à Kyiv.

« Les alliés et les partenaires de l'OTAN doivent continuer de veiller à ce que l'Ukraine obtienne ce dont elle a besoin », a déclaré M. Rutte.

La pente est raide, mais elle n'est plus abstraite. Les alliés européens et le Canada consacrent déjà près de 4 % de leur richesse nationale à la défense et à la sécurité, et, pour la première fois, l'ensemble des membres ont atteint en 2025 l'ancien seuil de 2 %. Le communiqué final devrait entériner quelque 70 milliards d'euros d'aide à l'Ukraine pour cette année et la suivante.

L'arithmétique embarrassante du Luxembourg

Peu d'États mesurent aussi crûment ce que cette cible implique que le Luxembourg, invariablement le plus faible contributeur de l'Alliance rapporté à la taille de son économie. Pendant l'essentiel de la décennie écoulée, le Grand-Duché a consacré bien moins de 1 % de son PIB à la défense ; il n'a franchi la barre des 2 % qu'en 2025. Son budget militaire devrait dépasser le milliard d'euros pour la première fois en 2026 et approcher 1,47 milliard à l'horizon 2029.

Le gouvernement plaide de longue date que le PIB constitue un étalon trompeur pour un pays dont la production est gonflée par les travailleurs frontaliers et une place financière hors norme. Il lui préfère le revenu national brut, qui abaisse d'environ un tiers son obligation théorique. L'argument convainc peu à Washington, où l'exigence d'un partage équitable du fardeau s'est durcie.

Un hôte encombrant

Le choix du lieu, enfin, ne va pas de soi. À l'approche du sommet, les autorités turques ont interdit tout rassemblement dans la province d'Ankara de la fin juin au 10 juillet et interpellé, selon des organisations de défense des droits, plus de deux cents personnes – avocats, militants et journalistes. Pour une Alliance qui se présente comme une communauté de démocraties, le décor est malaisant, et la connivence affichée entre MM. Trump et Erdoğan en accentue le trait.

Mais l'inquiétude véritable, pour les Européens, affleure sous la chorégraphie. La question qui court dans les couloirs d'Ankara n'est plus seulement de savoir combien les alliés dépenseront, mais si le continent saurait se défendre lui-même, la détermination américaine venant à faiblir. Deux jours de communiqués n'y répondront pas. La fumée qui monte encore de Kyiv, elle, interdit de l'éluder.

Quand et où se tient le sommet de l'OTAN 2026 ?
Les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara, dans le complexe présidentiel de Beştepe, sous la présidence du secrétaire général Mark Rutte et avec les 32 États membres.
Quel est le nouvel objectif de dépenses de l'OTAN ?
Les alliés se sont engagés en 2025 à porter leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % du PIB d'ici à 2035 : 3,5 % pour le cœur militaire et 1,5 % pour les infrastructures, la cyberdéfense et l'industrie.
Pourquoi ce sommet compte-t-il pour le Luxembourg ?
Le Luxembourg est le plus faible contributeur de l'Alliance rapporté à son économie ; il n'a atteint l'ancien seuil de 2 % qu'en 2025. Le nouvel objectif de 5 % constitue un défi considérable, qu'il tempère en plaidant pour le revenu national brut comme étalon.
Que s'est-il passé à Kyiv avant le sommet ?
Dans la nuit de dimanche à lundi, la Russie a tiré 68 missiles et 351 drones sur Kyiv, tuant au moins seize personnes, deuxième attaque d'ampleur sur la capitale en une semaine.

À lire aussi sur : Ankara Summit 2026, Defence Spending, Donald Trump, European Security, Luxembourg Defence, Mark Rutte, Nato, Ukraine

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