Longévité

Vivre vieux, un privilège grand-ducal

Les derniers chiffres d'Eurostat hissent le Grand-Duché au cinquième rang de l'UE pour l'espérance de vie, devant tous ses voisins de la Grande Région.


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Un banc en bois vide sous de grands platanes dans un parc ensoleillé de Luxembourg, dominant la vallée de la Pétrusse.
Image d'illustration : un parc à Luxembourg. Selon de nouvelles données d'Eurostat, le Grand-Duché figure parmi les populations les plus longèves de l'UE.Illustration générée par IA — Étude

Vivre longtemps est, partout en Europe, le privilège discret des sociétés prospères. Le Luxembourg en offre une démonstration presque trop nette : selon les dernières données d'Eurostat, l'office statistique de l'Union – qui, par une ironie géographique, compile ses chiffres depuis une tour du Kirchberg, à Luxembourg même –, le Grand-Duché occupe le cinquième rang des Vingt-Sept pour l'espérance de vie.

En 2024, l'espérance de vie à la naissance s'est établie à 81,5 ans dans l'Union, selon des chiffres publiés en mars 2026 : une hausse de 0,1 an sur un an et, surtout, un niveau désormais supérieur à celui d'avant la pandémie. Le Luxembourg se situe nettement plus haut, autour de 83,4 ans, derrière l'Espagne, la Suède, l'Italie et Chypre, mais devant chacun de ses voisins immédiats.

« En 2024, l'espérance de vie à la naissance dans l'UE était de 81,5 ans, soit une hausse de 0,1 an par rapport à 2023 », a indiqué Eurostat.

Cinquième de l'Union

Derrière la moyenne nationale se dessinent deux trajectoires. Le Statec, l'institut national de la statistique, situe en 2024 l'espérance de vie des femmes à 85,3 ans et celle des hommes à 81,2 ans. L'écart, d'environ quatre années, demeure inférieur à la différence de 5,2 ans observée à l'échelle de l'Union : signe que le rattrapage est le plus net là où le retard fut le plus marqué.

Le paradoxe luxembourgeois tient moins à la longévité qu'à la jeunesse. L'âge médian y est de 39,7 ans, contre 44,7 ans dans l'Union ; à peine 15 % des résidents ont 65 ans ou plus, contre 21,6 % en moyenne européenne. Des décennies d'immigration et un vaste salariat frontalier maintiennent le pays plus jeune que la France, la Belgique ou l'Allemagne voisines.

Une Europe coupée en deux

À l'échelle des régions, le continent se partage en deux moitiés presque caricaturales. La longévité la plus forte revient à la région de Madrid, avec 85,7 ans, suivie des provinces italiennes de Trente et de Bolzano et de Stockholm, à 85,0 ans. À l'autre extrémité figurent les régions du nord-ouest de la Bulgarie – Severozapaden ne dépasse pas 73,9 ans –, une partie de la Hongrie et le département français de Mayotte. Près de douze années séparent la région la plus longève de la plus défavorisée.

Dans son propre quadrant – la Grande Région qu'il partage avec la Lorraine, la Sarre, la Rhénanie-Palatinat et la Wallonie –, le Luxembourg devance tous ses partenaires. Le constat pèse plus qu'il n'y paraît : c'est le même marché du travail qui enjambe ces frontières chaque matin.

L'argent, la santé et les frontaliers

L'espérance de vie épouse la richesse avec une régularité gênante, et peu de pays sont aussi riches que le Luxembourg. Revenus élevés, système de santé dense et bien financé, faible empreinte industrielle, modes de vie relativement sains : tout concourt à hisser la courbe. Mais cette prospérité repose pour une bonne part sur le travail de près de la moitié des salariés du pays, qui franchissent chaque jour une frontière et que la statistique compte non pas au Luxembourg, mais dans leur région de résidence – là où l'on vit, précisément, un peu moins longtemps.

C'est le paradoxe silencieux de ces chiffres. Le travailleur frontalier qui aura passé sa carrière au Grand-Duché est recensé à Thionville ou à Trèves, non au Kirchberg. La couronne de longévité luxembourgeoise dit ainsi quelque chose de la géographie de la richesse autant que de la santé des corps. Pour une économie qui vit de ses voisins, l'écart de longévité relève moins du motif de fierté que de la carte d'un déséquilibre.

Rien de tout cela n'amoindrit l'essentiel. Un enfant né au Luxembourg en 2024 a devant lui plus de quatre-vingts années d'existence – un horizon qui eût paru chimérique il y a un siècle, et qui échappe encore à une large part de l'Union. L'enjeu, soulignent les démographes, n'est plus tant d'ajouter des années à la vie que de la santé à ces années.

À quel rang se situe le Luxembourg pour l'espérance de vie ?
Au cinquième rang des Vingt-Sept, derrière l'Espagne, la Suède, l'Italie et Chypre, à environ 83,4 ans.
Quelle région européenne vit le plus longtemps ?
La région de Madrid, avec 85,7 ans ; à l'opposé, le nord-ouest de la Bulgarie (Severozapaden) plafonne à 73,9 ans.
Pourquoi les frontaliers comptent-ils dans ces chiffres ?
Près de la moitié des salariés viennent des régions voisines et y sont recensés : les données reflètent aussi la concentration de la richesse.

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