Semi-conducteurs

La Corée du Sud mise une décennie sur les puces qui nourrissent l'IA

Adossé à l'État, un programme pouvant atteindre 1 200 milliards de dollars parie sur le matériel sans lequel l'essor de l'intelligence artificielle s'arrête.


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Un vaste terrain nu, balisé pour la construction d'une future usine de puces dans le sud-ouest de la Corée du Sud, à l'aube.
Image d'illustration. La Corée du Sud prévoit de nouvelles usines de puces mémoire dans le sud-ouest du pays, au cœur d'un programme d'investissement décennal.Illustration générée par IA — Étude

SÉOUL – Entouré lundi des présidents des deux plus grands conglomérats du pays, Lee Jae-myung a parlé le langage de la nécessité nationale. « Nous devons sécuriser les éléments essentiels de l'IA plus vite que tout autre pays », a déclaré le chef de l'État, qui a fait des semi-conducteurs, des centres de données et de l'« IA physique » le « triple axe de notre grand bond en avant ».

L'occasion en était la présentation de ce que Séoul nomme trois « méga-projets » imbriqués. Le socle en est l'engagement de Samsung Electronics et de SK Hynix d'investir, avec leurs fournisseurs, environ 800 000 milliards de wons – quelque 580 milliards de dollars – dans de nouvelles usines de puces mémoire. En y ajoutant les volets consacrés aux centres de données et à la robotique, la presse coréenne évalue le programme, étalé sur dix ans, à près de 1 200 milliards de dollars : davantage que les deux tiers de la richesse produite chaque année par le pays.

C'est, de l'aveu même du gouvernement, le plus important engagement d'investissement privé de l'histoire de la Corée. C'est surtout un pari stratégique : la prochaine phase du cycle technologique ne sera pas remportée par ceux qui écrivent les modèles les plus habiles, mais par ceux qui maîtrisent le silicium qui les fait tourner.

Quand la mémoire devient une arme

Tout repose sur un composant des plus discrets. La mémoire à haute bande passante, ou HBM, est cette puce empilée qui achemine les données vers les processeurs entraînant et exécutant les grands systèmes d'IA. Sans elle en quantité suffisante, les accélérateurs les plus avancés tournent à vide. Samsung et SK Hynix en fournissent ensemble près de 80 % à l'échelle mondiale, un quasi-duopole qui a fait de deux groupes coréens les gardiens de l'expansion de l'IA.

Il en résulte une pénurie que les industriels eux-mêmes avouent ne pouvoir résorber rapidement. La demande a si bien dépassé les capacités qu'un investissement de cette ampleur s'apparente moins à une avance prise qu'à un retard que l'on tente de combler.

« La demande visible aujourd'hui reste solide. Même en poursuivant les investissements, il sera difficile de résorber entièrement la pénurie », a reconnu Chey Tae-won, président du groupe SK.

Le centre de gravité se déplace vers le sud

La géographie du plan est aussi réfléchie que son montant. Samsung et SK Hynix construiront chacun deux nouvelles usines dans le sud-ouest du pays, la région de Honam autour de Gwangju et du Jeolla du Sud, tandis qu'un centre d'assemblage de 81 000 milliards de wons s'élèvera dans le Chungcheong. Les sites existants de Yongin et de Pyeongtaek ont, a tranché Lee Jae-myung, « déjà atteint leurs limites » en surface, en électricité et en eau.

Éloigner l'industrie de pointe de la région capitale sert la promesse présidentielle de réduire la fracture territoriale du pays – l'opposition n'a pas manqué de relever que les provinces retenues sont des bastions électoraux. L'expansion s'accompagne d'une lourde facture énergétique : le volet centres de données vise quelque 8,4 gigawatts dans une première phase, Amazon Web Services y ajoutant près de 4,9 milliards de dollars d'ici à 2031.

  • Deux nouvelles usines Samsung et deux usines SK Hynix dans le sud-ouest.
  • Un centre d'assemblage HBM de 81 000 milliards de wons dans le Chungcheong.
  • Un calendrier avancé pour le pôle de Yongin, désormais attendu vers 2033 côté SK Hynix.
  • Le déploiement de robots humanoïdes visé à l'horizon 2028 au titre de l'« IA physique ».

Une portée qui dépasse Séoul

Pour le reste du monde, l'annonce rappelle à quel point la chaîne d'approvisionnement de l'IA s'est concentrée. Le matériel dont les entreprises européennes et américaines ont besoin pour rivaliser se fabrique, à son maillon le plus critique, dans deux pays et chez une poignée de groupes. La réponse européenne, le Chips Act, n'a su mobiliser des capitaux à une telle échelle : le continent reste tributaire de la mémoire coréenne au moment même où sa propre demande en centres de données s'emballe.

La Corée du Sud pourra-t-elle absorber un engagement de cette taille – avec l'énergie, l'eau et la main-d'œuvre qualifiée qu'il suppose ? La question reste ouverte. Le président de Samsung, Lee Jae-yong, a offert l'assurance d'un groupe rompu aux paris audacieux. « Samsung travaillera à préserver l'avance technologique de l'industrie coréenne des semi-conducteurs », a-t-il dit. Le pays vient d'y engager une décennie.

Qu'a annoncé la Corée du Sud ?
Trois programmes d'investissement liés – semi-conducteurs, centres de données d'IA et robotique – portés par Samsung et SK Hynix et présentés le 29 juin 2026 par le président Lee Jae-myung.
Quel est le montant en jeu ?
Samsung et SK Hynix dépensent, avec leurs fournisseurs, environ 580 milliards de dollars pour les puces ; l'ensemble du programme décennal est estimé à près de 1 200 milliards de dollars.
Pourquoi la HBM est-elle décisive ?
La mémoire à haute bande passante alimente les processeurs d'IA et manque cruellement ; Samsung et SK Hynix en produisent près de 80 %, ce qui place la Corée au cœur de l'essor de l'IA.

À lire aussi sur : Artificial Intelligence, Chip Industry, Data Centres, High Bandwidth Memory, Samsung, Semiconductors, Sk Hynix, South Korea

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