Parlement européen
Au Parlement européen, la « diplomatie » russe d'un eurodéputé luxembourgeois sous enquête
Après le forum de Saint-Pétersbourg, Roberta Metsola demande au comité de déontologie d'établir si Fernand Kartheiser a ouvert un canal officieux vers Moscou — et s'il a enfreint les règles pour le faire.

Il existe, dans la vie d'une assemblée, des dossiers que l'on croit techniques et qui révèlent soudain une ligne de fracture politique. Le cas de Fernand Kartheiser, unique député européen du Luxembourg, en offre l'illustration. Ce que l'intéressé présente comme de la « diplomatie parlementaire », la présidence du Parlement le regarde désormais comme un possible manquement aux règles de la maison.
Roberta Metsola, présidente de l'institution, a saisi le président du comité consultatif sur la conduite des députés. Elle lui demande d'examiner si M. Kartheiser a enfreint le code de conduite à travers ses contacts avec la Russie. L'élément déclencheur : sa présence, le 3 juin, au Forum économique international de Saint-Pétersbourg — la vitrine annuelle du Kremlin — et une déclaration diffusée dans la foulée, qui appelle à rétablir les relations entre l'Union européenne et Moscou sans dire un mot de la guerre menée en Ukraine.
Le soupçon d'un canal officieux
C'est ce texte, plus que le déplacement lui-même, qui inquiète la direction du Parlement. Selon le courrier de Mme Metsola, cité par plusieurs médias européens, la déclaration engage M. Kartheiser et d'autres signataires à poursuivre et à approfondir la coopération avec la Douma d'État russe. Une formule qui, aux yeux de la présidente, brouille la frontière entre l'initiative d'un seul et l'institution tout entière.
Ces propos suscitent « une vive préoccupation, avant tout parce qu'ils peuvent donner l'impression qu'il existe un canal de communication officieux entre le Parlement européen et la Douma d'État [russe] », écrit Mme Metsola au président du comité.
Le comité consultatif, composé de députés issus des différents groupes, doit maintenant dire si des règles ont été transgressées. Deux obligations sont au cœur de l'examen : déclarer, sur le registre public du Parlement, toute rencontre avec des représentants des autorités publiques de pays tiers ; et respecter l'encadrement des voyages ou avantages financés par des tiers. En cas de manquement avéré, l'éventail des sanctions va du simple rappel à l'ordre à des mesures plus lourdes — interdiction de représenter le Parlement à l'extérieur, retrait de fonctions internes, privation d'accès aux documents confidentiels.
De l'ECR aux bancs des non-inscrits
Ce n'est pas la première fois que M. Kartheiser se trouve à contre-courant. Ancien diplomate, longtemps ambassadeur du Luxembourg dans plusieurs capitales, il est entré au Parlement en 2024 comme premier élu de l'ADR, la formation national-conservatrice luxembourgeoise. Un an a suffi pour que sa politique étrangère l'éloigne de ses propres alliés : en mai 2025, le groupe des Conservateurs et Réformistes européens l'a exclu après un précédent voyage à Moscou. « En se rendant dans la Russie de Poutine, Fernand Kartheiser a franchi une ligne rouge pour le groupe ECR », avaient alors déclaré ses coprésidents, Nicola Procaccini et Patryk Jaki. Depuis, l'élu siège parmi les non-inscrits.
Sa démarche heurte une décennie de pratique institutionnelle. Le Parlement avait suspendu ses contacts officiels avec les parlementaires russes après l'annexion de la Crimée, en 2014, avant de les rompre entièrement à la suite de l'invasion de l'Ukraine, en 2022. M. Kartheiser, lui, présente ses voyages comme un travail de dialogue destiné à garder une porte ouverte et, assure-t-il, à hâter la fin de la guerre.
Un petit pays, un siège exposé
Pour le Luxembourg, l'affaire est délicate justement parce que le pays est petit. Avec six sièges au Parlement, le Grand-Duché ne fait entendre sa voix à Strasbourg que par une poignée d'élus, dont M. Kartheiser, si isolé soit-il à Bruxelles. Une procédure disciplinaire à son encontre devient ainsi, en creux, une question sur la manière dont un État de 680 000 habitants est représenté là où s'écrit une large part de son droit.
L'intéressé conteste le bien-fondé de la démarche. Il affirme n'avoir pas encore vu la lettre de Mme Metsola et juge « étrange que des questions importantes concernant un député soient présentées à la presse avant même que la personne concernée ait été consultée ». Ses contacts, soutient-il, ne violent aucune règle et servent la cause de la paix.
Les délibérations du comité sont confidentielles et aucun délai n'enserre ses conclusions. Mais l'épisode ravive une interrogation que l'Union affronte depuis 2022 : où placer la limite entre la liberté de parole d'un élu et l'exigence du Parlement qu'aucune voix isolée ne paraisse négocier, en son nom, avec un État en guerre à ses frontières.
Questions fréquentes
- Qui est Fernand Kartheiser ?
- Ancien diplomate luxembourgeois, il est le premier élu de l'ADR au Parlement européen et l'unique eurodéputé du Grand-Duché, aujourd'hui non-inscrit.
- Quelles règles aurait-il enfreintes ?
- Le comité examine s'il a omis de déclarer des rencontres avec des responsables de pays tiers et s'il a accepté des voyages financés par des tiers.
- Quelles sanctions risque-t-il ?
- Du rappel à l'ordre au retrait de fonctions, en passant par l'interdiction de représenter le Parlement et la privation d'accès aux documents confidentiels.
Sources
Autour de Europe
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