Équilibre régional

L’Arabie saoudite obtient de Washington une voie vers l’enrichissement d’uranium

Conclu pour trente ans, le pacte ouvre le marché saoudien aux industriels américains sans imposer les garanties internationales les plus exigeantes.


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Chantier illustratif d’un réacteur nucléaire sur un plateau désertique saoudien au crépuscule.
Vue illustrative d’un futur site nucléaire civil en Arabie saoudite ; l’accord ne s’accompagne de l’annonce d’aucun emplacement ni contrat de construction.Illustration générée par IA — Étude

WASHINGTON — L’Arabie saoudite poursuivait depuis des années deux ambitions difficiles à concilier : bâtir une industrie nucléaire civile avec l’aide américaine et ne pas renoncer à enrichir elle-même son uranium. L’accord signé mercredi 22 juillet avec les États-Unis lui permet de conserver les deux. Il ne crée pas encore d’usine d’enrichissement, mais il cesse d’en exclure le principe.

Le secrétaire américain à l’énergie, Chris Wright, et son homologue saoudien, le prince Abdulaziz ben Salman, ont apposé leur signature au bas d’un accord de coopération nucléaire pacifique, accompagné d’un dispositif bilatéral de garanties. Ce texte, dit accord 123 en référence à la loi atomique américaine, constitue le préalable juridique aux transferts de technologies, d’équipements et de compétences nucléaires des États-Unis vers le royaume.

Un cadre industriel, pas encore un chantier

La coopération doit s’étendre sur trente ans et porter sur plusieurs milliards de dollars. Elle permettra aux groupes américains de concourir à la construction de réacteurs saoudiens. Westinghouse est régulièrement cité parmi les entreprises susceptibles d’en bénéficier, mais aucun fournisseur, site ou calendrier de travaux n’a été annoncé. Le texte organise une possibilité industrielle plutôt qu’il ne passe une commande.

Son enjeu principal se trouve en amont des réacteurs, dans la fabrication du combustible. Selon les informations concordantes de l’Associated Press et de Reuters, une étude américano-saoudienne pourrait recommander la construction d’une installation d’enrichissement dans le royaume. Washington ne s’engage pas à livrer des centrifugeuses ni à transmettre cette technologie. Le cadre juridique rend néanmoins envisageable une coopération jusque dans la partie la plus sensible du cycle nucléaire.

L’enrichissement, frontière entre deux usages

Un réacteur civil utilise un uranium dont la proportion en isotope fissile 235 a été augmentée. Les mêmes centrifugeuses peuvent poursuivre cette concentration vers des niveaux beaucoup plus élevés. La maîtrise de l’enrichissement ne suffit pas à fabriquer une arme : il faut encore concevoir l’engin, synchroniser des explosifs et disposer d’un vecteur. Elle supprime toutefois une étape majeure, ce qui explique la place centrale de cette technologie dans les politiques de non-prolifération.

L’Arabie saoudite a adhéré au traité de non-prolifération et reste soumise aux garanties de base de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Elle n’a en revanche pas accepté, dans le nouvel accord, le protocole additionnel de l’AIEA. Cet instrument permet des vérifications plus poussées, un accès élargi à l’information et des inspections sur des sites non déclarés. Les dispositions précises du mécanisme bilatéral conclu avec Washington n’ont pas été rendues publiques.

« Les États-Unis ne concluront avec aucun pays au monde un accord qui créerait un risque de prolifération », a déclaré le secrétaire d’État Marco Rubio.

La comparaison avec les Émirats arabes unis rend l’exception saoudienne particulièrement visible. En 2009, Abou Dhabi avait accepté de renoncer juridiquement à l’enrichissement et au retraitement du combustible usé dans son accord avec Washington. Cette formule est devenue le modèle de référence, ou gold standard, de la coopération nucléaire américaine. Riyad n’a consenti ni à ce renoncement ni au protocole additionnel. En 2018, le prince héritier Mohammed ben Salman avait en outre affirmé que le royaume chercherait à se doter de la bombe si l’Iran y parvenait.

Au Congrès, une procédure favorable à la Maison Blanche

L’administration Trump doit transmettre l’accord au Congrès. L’examen d’un texte de ce type dure normalement environ quatre-vingt-dix jours de session parlementaire continue. Mais les élus n’ont pas à l’approuver par un vote positif ordinaire. Pour l’empêcher d’entrer en vigueur, ils doivent adopter une résolution commune de désapprobation puis, si le président oppose son veto, réunir une majorité des deux tiers dans chacune des chambres.

Les opposants partent donc avec un handicap institutionnel. Des démocrates et certains républicains réclament depuis longtemps une interdiction de l’enrichissement saoudien et l’adhésion au protocole additionnel. Marco Rubio défendait lui-même des garde-fous plus stricts lorsqu’il siégeait au Sénat. La question n’est plus de savoir si le texte suscitera des critiques, mais si celles-ci pourront produire une coalition capable de surmonter un veto.

Le pari énergétique recouvre un choix de puissance

Riyad présente le nucléaire comme un outil de diversification énergétique, de modernisation technologique et d’attraction des investissements. Produire de l’électricité atomique pourrait aussi libérer davantage d’hydrocarbures pour l’exportation ou l’industrie. Washington, de son côté, veut réserver une part du marché à ses entreprises et éviter que la Chine, la Russie, la Corée du Sud ou la France n’installent seules l’architecture nucléaire du royaume. Les administrations Trump et Biden ont toutes deux cherché une formule acceptable.

La guerre contre l’Iran donne pourtant à cette transaction une portée qui dépasse le commerce. Les États-Unis et Israël disent combattre, entre autres objectifs, le risque d’une arme nucléaire iranienne ; Téhéran affirme que son enrichissement poursuit exclusivement des fins pacifiques. Autoriser un allié à maintenir la même option sans adopter le régime d’inspection le plus intrusif crée donc un précédent régional. L’accord ne remet pas une bombe à l’Arabie saoudite. Il reconnaît cependant que l’enrichissement peut faire partie de son avenir nucléaire civil — exactement ce que Riyad cherchait à obtenir.

L’accord donne-t-il l’arme nucléaire à l’Arabie saoudite ?
Non. Il porte sur un programme civil, même si les critiques estiment que la maîtrise de l’enrichissement réduirait la distance technique vers un éventuel programme militaire.
Riyad peut-il enrichir de l’uranium immédiatement ?
Non. Aucune installation n’a été annoncée ou autorisée. Une étude commune devrait d’abord examiner cette possibilité.
Que permet le protocole additionnel de l’AIEA ?
Il élargit l’accès des inspecteurs aux informations et aux lieux où une activité nucléaire non déclarée pourrait être menée.

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