Défense européenne

Le Luxembourg avance à petits pas vers les 5 % de l'OTAN

Yuriko Backes a dévoilé une feuille de route prudente — un dixième de point par an jusqu'en 2029 — qui laisse entière la marche de géant promise à La Haye pour 2035, chiffrée à 13,4 milliards d'euros.


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Des soldats en formation vus de dos sur un terrain de manœuvre gris, un avion de transport militaire en arrière-plan.
Des soldats en formation vus de dos sur un terrain de manœuvre gris, un avion de transport militaire en arrière-plan. — Illustration générée par IA.Illustration générée par IA · Étude

Le plus petit membre de l'OTAN avance, mais sans hâte. Le 20 mai 2026, au lendemain du discours sur l'état de la Nation prononcé par le Premier ministre, la ministre de la Défense Yuriko Backes a présenté aux députés une feuille de route actualisée des dépenses militaires luxembourgeoises. Le Conseil de gouvernement a arrêté une hausse de 0,1 point de pourcentage par an, exprimée en part du revenu national brut (RNB), jusqu'en 2029. Une cadence délibérément graduelle, qui contraste avec l'ampleur de l'engagement souscrit à l'horizon 2035.

Concrètement, la trajectoire conduit la dépense de défense à 2,1 % du RNB, soit 1 373 millions d'euros, en 2027 ; puis à 2,2 % (1 513 millions d'euros) en 2028 ; et enfin à 2,3 % (1 665 millions d'euros) en 2029. Cet échelonnage maîtrisé est revendiqué comme tel par la ministre, membre du Parti démocratique (DP) et titulaire du portefeuille de la Défense depuis novembre 2023.

« Cette augmentation des dépenses de défense est une réponse mesurée aux défis nés du contexte géopolitique actuel. C'est aussi une décision qui reflète les circonstances nationales du Luxembourg », a déclaré Yuriko Backes.

Un cap fixé à La Haye, une pente bien plus raide après 2029

La feuille de route luxembourgeoise s'inscrit dans le sillage de l'engagement pris par l'ensemble des alliés lors du sommet de l'OTAN à La Haye, en juin 2025. La déclaration adoptée le 25 juin engage les membres à investir 5 % de leur PIB — ou de leur RNB dans le cas luxembourgeois — dans la défense d'ici à 2035. Cet objectif se décompose en deux volets : au moins 3,5 % consacrés aux besoins fondamentaux de défense, et jusqu'à 1,5 % dévolus à des dépenses connexes de sécurité, telles que les infrastructures critiques, la résilience ou la base industrielle de défense. Une revue collective des progrès est programmée pour 2029, année où s'achève précisément le calendrier dévoilé par Mme Backes.

C'est là que se loge tout l'écart entre la promesse et la réalité budgétaire. Le rythme affiché de 0,1 point par an ne mène qu'à 2,3 % en 2029. Pour atteindre 5 % six ans plus tard, il faudra une accélération considérable. Le Conseil national des finances publiques (CNFP) chiffre le coût additionnel cumulé du passage à 5 % du RNB, entre 2025 et 2035, à 13,4 milliards d'euros. La dépense annuelle de défense passerait ainsi d'environ 1,18 milliard d'euros en 2025 à quelque 4,63 milliards d'euros en 2035, soit un quasi-quadruplement en une décennie.

Pourquoi le Luxembourg compte en RNB, et non en PIB

Le Grand-Duché présente une singularité méthodologique qui n'est pas anodine. Plutôt que le produit intérieur brut, il retient le revenu national brut comme étalon de ses dépenses militaires. La raison tient à sa structure économique atypique : le pays accueille une économie transfrontalière surdimensionnée, où une part importante de la richesse produite sur le territoire est versée à des travailleurs et capitaux non-résidents. De ce fait, le RNB est sensiblement inférieur au PIB. Pour le plus petit État de l'Alliance, l'arbitrage entre les deux références modifie mécaniquement le volume des engagements financiers, ce qui rend le choix du dénominateur loin d'être anecdotique.

« Ce n'est pas une course aux armements »

Face à des chiffres qui dessinent une montée en puissance spectaculaire, la ministre s'est employée à désamorcer toute lecture belliciste. L'effort, plaide-t-elle, vise la crédibilité capacitaire plutôt que la surenchère.

« Ces investissements renforcent à la fois notre défense nationale et la sécurité collective de l'Europe. Il ne s'agit pas de se lancer dans une course aux armements. Il s'agit de construire des capacités crédibles qui contribuent à la fois à la défense de notre pays et à la défense collective », a souligné Yuriko Backes.

La ministre a par ailleurs inscrit ce plan dans le soutien à Kiev, rappelant que « la défense de l'Europe commence en Ukraine » et que la feuille de route « réaffirme l'entière solidarité du Luxembourg avec le peuple et les forces armées ukrainiennes ».

Reste l'équation centrale, que la trajectoire 2029 ne résout pas : comment passer d'une progression d'un dixième de point par an à la pente abrupte qu'exigent les 5 % de 2035 ? Le cas luxembourgeois illustre, à son échelle, le dilemme auquel sont confrontés les alliés les plus prospères mais les plus exigus. Tenir les engagements de La Haye suppose un effort budgétaire d'une ampleur inédite ; le faire sans verser dans la rhétorique de la « course aux armements » relève de l'exercice d'équilibriste politique. Le rendez-vous de 2029 dira si la prudence affichée aujourd'hui était la première marche d'une ascension assumée, ou le préambule d'un rattrapage différé.

Quelle est la trajectoire de dépenses de défense présentée par le Luxembourg ?
Le Conseil de gouvernement a arrêté une hausse de 0,1 point de pourcentage par an, en part du RNB, jusqu'en 2029. La dépense atteindrait 2,1 % (1 373 M€) en 2027, 2,2 % (1 513 M€) en 2028 et 2,3 % (1 665 M€) en 2029.
Quel est l'objectif fixé par l'OTAN à La Haye ?
Lors du sommet de La Haye en juin 2025, les alliés se sont engagés à investir 5 % de leur PIB (ou RNB pour le Luxembourg) dans la défense d'ici 2035 : au moins 3,5 % pour les besoins fondamentaux de défense et jusqu'à 1,5 % pour des dépenses connexes de sécurité. Une revue collective est prévue en 2029.
Combien coûterait au Luxembourg l'atteinte de l'objectif de 5 % ?
Le Conseil national des finances publiques (CNFP) estime le coût additionnel cumulé entre 2025 et 2035 à 13,4 milliards d'euros, avec une dépense annuelle passant d'environ 1,18 milliard d'euros en 2025 à quelque 4,63 milliards d'euros en 2035, soit un quasi-quadruplement.
Pourquoi le Luxembourg utilise-t-il le RNB plutôt que le PIB ?
En raison de sa structure économique, marquée par une économie transfrontalière surdimensionnée, le revenu national brut du Luxembourg est sensiblement inférieur à son produit intérieur brut. Le pays retient donc le RNB comme étalon de ses dépenses de défense.

À lire aussi sur : Yuriko Backes, Nato, Defence Spending, Luxembourg, Gni, Military Budget, Hague Summit, European Security

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