Enseignement supérieur
Université du Luxembourg : sur fond de crise interne, le recteur Jens Kreisel renonce à un second mandat
Le physicien quittera ses fonctions fin 2027 après un seul mandat, alors que des accusations de harcèlement, un règlement ministériel et trois audits secouent l'unique université publique du pays.

C'est par une phrase sobre que Jens Kreisel a mis fin aux spéculations : le recteur de l'Université du Luxembourg ne sollicitera pas de second mandat. En renonçant à se représenter, le physicien allemand referme, au terme d'un seul mandat, une direction dont la dernière année aura été happée par des accusations de harcèlement, l'intervention de la ministre de tutelle et une accumulation d'audits.
Entré en fonction le 1er janvier 2023 après avoir passé une décennie dans l'encadrement de l'établissement, M. Kreisel restera en poste jusqu'à l'échéance de son mandat, le 31 décembre 2027. Les statuts de l'université imposent au recteur d'informer le conseil de gouvernance de ses intentions au moins dix-huit mois avant la fin de son mandat : l'annonce, faite dans les délais, ouvre la voie à une procédure de recrutement. Son successeur devrait prendre ses fonctions le 1er janvier 2028. Le recteur, lui, entend retrouver l'enseignement et la recherche.
« Après mûre réflexion… Ensemble, nous avons accompli beaucoup de choses », a déclaré Jens Kreisel à propos de son retrait.
Un mandat rattrapé par la crise
L'annonce intervient au cœur de la crise interne la plus grave qu'ait connue la jeune université. Depuis l'automne 2025, les témoignages de salariés, de doctorants et d'enseignants se sont multipliés pour dénoncer un climat de travail jugé toxique : harcèlement moral, licenciements contestés, promotions bloquées — principalement, selon ces récits, au sein de la Faculté de droit, d'économie et de finance.
C'est surtout sa manière de gérer l'affaire qui a été reprochée au recteur. En ramenant d'abord les plaintes à des « cas individuels », M. Kreisel a paru, aux yeux de nombreux membres du personnel, minimiser leur portée et manquer d'empathie envers celles et ceux qui se disaient victimes. Lors d'une conférence de presse, il avait avancé des chiffres pour tenter de relativiser : 190 demandes de promotion depuis 2018, dont 60 accordées ; une cinquantaine de licenciements entre 2020 et 2025, dont quatre requalifiés par la justice ; et 27 plaintes déposées en six ans.
L'épreuve a laissé des traces. Absent pour raisons de santé pendant environ un mois, le recteur n'a regagné son bureau qu'au début du mois de mai 2026, un recteur faisant fonction ayant assuré l'intérim. Peu après son retour, le mandat d'un vice-doyen a été écourté.
La tutelle reprend la main
Le gouvernement n'est pas resté spectateur. La ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, Stéphanie Obertin, a resserré son contrôle sur l'établissement : un règlement du 20 avril 2026 a réorganisé les organes de surveillance de l'université, de sorte que le rectorat se trouve désormais systématiquement écarté des décisions portant sur la composition des instances chargées de le contrôler.
Trois enquêtes sont par ailleurs en cours :
- un audit interne, lancé en novembre 2025 ;
- un audit externe des ressources humaines, commandé par l'université en janvier 2026 ;
- un second audit externe, diligenté par le ministère en février 2026, qui embrasse tous les échelons de la gouvernance et les éventuels conflits d'intérêts.
Leurs conclusions, toujours attendues, pèseront autant sur les derniers mois du mandat de M. Kreisel que sur les conditions dans lesquelles s'installera son successeur.
Une institution jeune, à la croisée des chemins
Créée en 2003 seulement, l'Université du Luxembourg est l'unique université publique du pays et l'un des piliers de son ambition de bâtir, à côté de la place financière, une économie de la connaissance. Un changement de tête négocié sur la place publique, sur fond de scandale de harcèlement, constitue une première pour un établissement qui écrit encore ses propres règles.
L'enjeu déborde du campus de Belval. L'université est en concurrence, à l'échelle internationale, pour attirer chercheurs et étudiants, et sa réputation d'employeur participe de son attractivité. Sa façon de répondre aux accusations — et le choix de celui ou celle qui la dirigera — dira si cet épisode restera une correction douloureuse ou un revers durable. D'ici là, Jens Kreisel achèvera les dix-huit mois qui lui restent avant de troquer le rectorat contre un laboratoire et une salle de cours.
Questions fréquentes
- Quand Jens Kreisel quittera-t-il le rectorat ?
- Son mandat court jusqu'au 31 décembre 2027 et son successeur devrait entrer en fonction le 1er janvier 2028. Il compte ensuite revenir à la recherche et à l'enseignement.
- Pourquoi l'Université du Luxembourg traverse-t-elle une crise ?
- Depuis l'automne 2025, des salariés, des doctorants et des enseignants dénoncent un climat de travail toxique et du harcèlement moral, surtout à la Faculté de droit, d'économie et de finance.
- Qu'a fait le gouvernement ?
- La ministre Stéphanie Obertin a réorganisé les organes de contrôle par règlement et le ministère a commandé un audit externe ; deux autres audits sont également en cours.
Sources
Autour de Luxembourg
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