Culture
Le Luxembourg porte « La Merde » à Venise, et la facture s'invite au débat
Le pavillon luxembourgeois de la 61e Biennale de Venise expose une installation d'Aline Bouvy autour d'une figure d'excrément, tandis qu'un budget de 540 000 euros nourrit la controverse politique au pays.

Le Luxembourg a inauguré le 7 mai 2026 son pavillon national à la 61e Exposition internationale d'art de la Biennale de Venise, en y présentant « La Merde », une installation audiovisuelle immersive de l'artiste Aline Bouvy. Ouverte au public depuis le 9 mai, l'exposition se tient jusqu'au 22 novembre 2026 dans les Sale d'Armi de l'Arsenale, sur le Campo della Tana.
Selon Kultur|lx – Arts Council Luxembourg, désigné commissaire par le ministère de la Culture, l'œuvre associe un film, une composition sonore spatialisée et une architecture d'acier aux parois de verre miroité qui redéfinit la place du visiteur dans l'espace. En son cœur, une figure anthropomorphe d'excrément — tour à tour marionnette, animation, trace et présence incarnée — sert à interroger la honte comme mécanisme social et à questionner la manière dont les corps sont classés, tolérés, disciplinés ou écartés du regard. Le pavillon a été produit par le Casino Luxembourg – Forum d'art contemporain et placé sous le commissariat de Stilbé Schroeder, responsable des expositions de l'institution, assistée de Thibaud Leplat.
Une artiste en prise avec « le réel »
Née en 1974 à Watermael-Boitsfort, en Belgique, et travaillant aujourd'hui entre Bruxelles et le Luxembourg, Aline Bouvy inscrit le projet dans un intérêt de longue date pour la politique du déchet. Elle a confié à ArtReview que la pièce puise dans « le pouvoir symbolique, politique et affectif du déchet, ainsi que dans la manière dont l'abjection affirmative, l'humour et l'excès peuvent être mobilisés pour réfléchir aux conditions du présent ».
Elle réfute l'idée d'une provocation gratuite. Dans un entretien accordé à Paperjam, elle déclare :
Être artiste, pour moi, c'est toujours s'engager avec quelque chose de réel. Je ne cherche jamais à provoquer pour le seul plaisir de provoquer.
Une polémique à 540 000 euros
Au Luxembourg, le titre et le sujet du pavillon ont déclenché une controverse politique. Alexandra Schoos, députée et vice-présidente de l'ADR, a déposé une question parlementaire mettant en cause le budget de 540 000 euros du projet, au regard de la situation budgétaire du pays, des défis sociaux et de la charge fiscale, et s'est inquiétée de l'effet de l'œuvre sur l'image du Luxembourg à l'étranger.
D'après la ventilation fournie par le ministère, environ 66 % de cette somme couvrent la production, le transport, le montage et les déplacements de l'équipe, 12 % vont à la communication, 8 % à l'organisation, 7 % aux honoraires de l'artiste et 7 % à l'inauguration officielle.
Thill défend la dépense et la liberté
Le ministre de la Culture Éric Thill, présent le 7 mai à l'inauguration devant quelque 300 invités, a défendu à la fois le budget et le principe qui le sous-tend. Comme le rapporte Delano, il a comparé le montant aux pavillons d'autres pays en 2024 : environ 550 000 francs suisses pour la Suisse, près de 650 000 euros pour l'Allemagne, quelque 660 000 euros pour l'Autriche et environ 1,2 million d'euros pour l'Italie. Il a souligné que les 540 000 euros s'inscrivent dans une trajectoire ascendante, après 418 600 euros en 2023, 494 100 euros en 2024 et 521 400 euros en 2025.
Le ministre a également placé l'œuvre sous le signe de la liberté artistique, estimant que l'engagement du ministère en faveur de la liberté d'expression artistique est essentiel et doit être défendu, en particulier dans des contextes géopolitiques susceptibles de contraindre ou d'instrumentaliser la création. L'inauguration a réuni des personnalités internationales, dont la vice-Première ministre et ministre ukrainienne de la Culture, Tetyana Berezhna, et la ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez.
Le Luxembourg participe à la Biennale d'art de Venise depuis 1988 et, en 2003, l'artiste Su-Mei Tse y avait remporté le Lion d'or du meilleur pavillon national. Pour 2026, la contribution du pays arrive enveloppée d'un débat que le ministre estime être précisément le rôle de l'art : provoquer la discussion, non la clore.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que « La Merde » présentée à Venise ?
- Il s'agit d'une installation audiovisuelle immersive de l'artiste Aline Bouvy, exposée au pavillon luxembourgeois de la 61e Biennale de Venise. Elle associe un film, une composition sonore spatialisée et une architecture d'acier miroité, et place une figure anthropomorphe d'excrément au centre d'une réflexion sur la honte et la norme sociale.
- Combien coûte le pavillon luxembourgeois et pourquoi fait-il polémique ?
- Le pavillon est doté d'un budget de 540 000 euros. La députée ADR Alexandra Schoos l'a contesté par une question parlementaire, invoquant la situation budgétaire, les défis sociaux, la charge fiscale et l'image du Luxembourg à l'étranger.
- Comment le ministre Éric Thill justifie-t-il ce budget ?
- Il compare la dépense aux pavillons de 2024 d'autres pays (environ 550 000 CHF pour la Suisse, 650 000 euros pour l'Allemagne, 660 000 euros pour l'Autriche, 1,2 million d'euros pour l'Italie) et la replace dans une hausse progressive depuis 2023. Il défend aussi la liberté artistique.
- Jusqu'à quand peut-on voir l'exposition ?
- L'exposition est ouverte au public du 9 mai au 22 novembre 2026, dans les Sale d'Armi de l'Arsenale, sur le Campo della Tana, à Venise.
Sources
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