Article IV du FMI

FMI : reprise molle au Luxembourg, déficit budgétaire installé près de 2 % du PIB


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Tram sur l'avenue J. F. Kennedy au Kirchberg, quartier financier de Luxembourg
Le Kirchberg, quartier financier de Luxembourg. La mission Article IV 2026 du FMI projette une croissance de 1,2 % et un déficit proche de 2 % du PIB.Photo : Pexels

Le Fonds monétaire international a clôturé le 7 mai sa mission Article IV 2026 au Luxembourg : la croissance du PIB réel est projetée à 1,2 % cette année et à 1,7 % en 2027, le déficit des administrations publiques se maintient près de 2 % du PIB en 2026 et le chômage glisse au-dessus de 6 %.

Faits marquants

  • Croissance du PIB réel : 0,6 % en 2025, 1,2 % projeté pour 2026, 1,7 % pour 2027.
  • Inflation totale supérieure à 2,5 % en mars-avril 2026 ; prévision annuelle à 2,6 %.
  • Solde des administrations publiques : excédent de 1 % du PIB en 2024, déficit de 2 % en 2025, déficit projeté autour de 2 % en 2026.
  • Dépenses publiques en hausse de 8,8 % en 2025 contre 2,5 % de croissance des recettes.
  • Le coût annuel de la réforme fiscale prévue est estimé par le FMI à environ 1 % du PIB à partir de 2028.
  • Le chômage dépasse 6 % ; le FMI pointe une inadéquation persistante des compétences et un écart important entre l'emploi des femmes et celui des hommes.

La déclaration de fin de mission qualifie la reprise de « molle et inégale » et abaisse la prévision de croissance 2026 de 1,6 % à 1,2 %, en raison de la nouvelle escalade au Moyen-Orient, de la tension sur les prix énergétiques et du ralentissement chez les partenaires commerciaux européens. Depuis 2022, la production reste sous sa tendance de long terme, alors que le potentiel à moyen terme est estimé autour de 2 %.

Pourquoi la trajectoire budgétaire dérape

La position budgétaire s'est nettement dégradée l'an dernier. Les dépenses ont progressé de 8,8 %, tirées par la protection sociale, les mesures de soutien énergétique et la hausse des charges d'intérêts, tandis que les recettes n'ont cru que de 2,5 %, plombées par des impôts sensibles aux profits. Le FMI rappelle que la dette publique reste basse selon les standards internationaux, mais souligne qu'elle ne se stabilisera plus sans correction de cap, en particulier lorsque la baisse de l'impôt sur les sociétés et le nouveau régime de carried interest produiront leurs effets à partir de 2028.

Les services du Fonds plaident pour un resserrement budgétaire « modéré mais soutenu », centré sur la maîtrise des dépenses courantes plutôt que sur l'investissement public. Ils invitent le gouvernement à élargir l'assiette fiscale en s'appuyant davantage sur l'impôt foncier récurrent et les prélèvements environnementaux, et à ancrer la politique de moyen terme par une règle de dette explicite et des plafonds de dépenses opérationnels.

Pensions : un début, pas une fin

La réforme des pensions de 2026 est saluée comme « opportune » mais ne suffit pas, à elle seule, à garantir la viabilité du régime général. Avec un ratio de dépendance qui s'alourdit et des dépenses de santé liées au vieillissement qui montent, les services du FMI estiment que de nouvelles mesures paramétriques s'imposeront dans la prochaine législature, en parallèle d'un effort pour relever le taux d'emploi des femmes et des seniors.

Banques et industrie des fonds

Les banques luxembourgeoises restent bien capitalisées et liquides, et les créances douteuses agrégées sont faibles, mais la mission relève des poches de tension dans la construction et l'immobilier de bureau. L'industrie des fonds — la plus grande d'Europe par les actifs sous gestion — est décrite comme « vaste, tournée vers l'extérieur et fortement interconnectée », avec quelques poches limitées mais réelles d'effet de levier et de désajustement de liquidité dans certains véhicules de crédit privé et d'immobilier. Le FMI recommande la mise en place d'une centrale nationale des crédits et un suivi macroprudentiel resserré du levier non bancaire.

Logement, productivité et IA

Le marché du logement amorce sa reprise après la correction de 2023-2024, mais des prix toujours élevés continuent de peser sur les revenus réels et la compétitivité. Le FMI valide le principe d'une taxe de mobilisation foncière pour décourager la rétention de terrains constructibles, en accompagnement de la réforme du permis de construire en cours d'examen à la Chambre. Sur la productivité, la mission appelle à accélérer le déploiement des outils d'intelligence artificielle par des formations ciblées et à mobiliser le supercalculateur Meluxina-AI ainsi que l'AI Factory nationale comme points d'ancrage pour la diffusion auprès des PME.

Ce que dit le gouvernement

Le ministre des Finances Gilles Roth, dont le département a accueilli la mission, indique dans un communiqué officiel que le gouvernement « partage le diagnostic » sur les pressions démographiques et de compétitivité, tout en soulignant que le budget 2026 amorce déjà une consolidation et que le paquet fiscal 2028 est calibré pour maintenir le Luxembourg « dans le quartile européen de tête en matière d'attractivité de l'investissement ». Le conseil d'administration du FMI devrait examiner le rapport des services à l'été 2026.

Conclusion

Le verdict du FMI est sobre plutôt qu'alarmant : la croissance se redresse mais lentement, les comptes publics ont basculé dans un déficit structurel, et le vieillissement, le logement et la productivité domineront le prochain cycle budgétaire. Les services veulent une consolidation budgétaire graduelle, une assiette fiscale plus large et une deuxième vague de mesures pour les retraites — pas de l'austérité, mais la fin d'une décennie de relâchement budgétaire.

Quelle croissance le FMI prévoit-il pour le Luxembourg en 2026 ?
La mission Article IV 2026 du FMI projette une croissance du PIB réel de 1,2 % en 2026, contre 1,6 % auparavant, puis 1,7 % en 2027 à mesure que l'effet du conflit au Moyen-Orient s'estompe.
Quelle est l'ampleur du déficit budgétaire luxembourgeois selon le FMI ?
Le FMI estime que le solde des administrations publiques est passé d'un excédent d'environ 1 % du PIB en 2024 à un déficit de 2 % en 2025, le déficit 2026 devant rester proche de 2 % du PIB.
Que dit le FMI de la réforme des pensions luxembourgeoise de 2026 ?
Le FMI décrit la réforme des pensions de 2026 comme une étape « opportune et bienvenue », mais affirme que d'autres mesures paramétriques seront nécessaires pour assurer la viabilité de long terme du système de retraite.

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