Télécommunications spatiales

SES boucle son premier trimestre avec Intelsat : le test grandeur nature des synergies

Le groupe luxembourgeois affiche un chiffre d'affaires de 847 millions d'euros, en hausse de 80,5 %. Mais derrière l'effet comptable de la consolidation, c'est la promesse de 2,4 milliards d'euros d'économies qui se joue.


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Un champ de grandes antennes paraboliques blanches d’une station terrienne, pointées vers le ciel à l’heure dorée.
Un champ de grandes antennes paraboliques blanches d’une station terrienne, pointées vers le ciel à l’heure dorée. — Illustration générée par IA.Illustration générée par IA · Étude

À première vue, le chiffre a tout d'une performance spectaculaire. SES, l'opérateur de satellites dont le siège se niche au château de Betzdorf, dans l'est du Luxembourg, a annoncé un chiffre d'affaires de 847 millions d'euros au premier trimestre 2026, en progression de 80,5 % sur un an à taux de change constant. L'EBITDA ajusté, lui, grimpe de 57 % pour atteindre 404 millions d'euros. De quoi laisser croire à une accélération fulgurante de la première entreprise spatiale européenne.

La réalité est plus prosaïque — et plus instructive. Cette envolée tient presque entièrement à un effet d'écriture comptable : il s'agit du premier trimestre durant lequel SES consolide pleinement Intelsat, le fournisseur de services satellitaires racheté pour quelque 3,1 milliards de dollars, opération bouclée le 17 juillet 2025. Ramenée à un périmètre comparable — c'est-à-dire en faisant comme si Intelsat avait toujours appartenu au groupe —, la croissance du chiffre d'affaires se limite à 3,1 %, et celle de l'EBITDA ajusté à 5 %.

Une mobilité aérienne qui tire l'ensemble

Derrière l'agrégat, la dynamique se joue surtout dans la division Réseaux (Networks), qui représente désormais environ les deux tiers des recettes du groupe et progresse de 106 % en données publiées. Le segment Mobilité y bondit de 207,8 %, porté par la connectivité en vol : près de 600 appareils volent aujourd'hui équipés du système multi-orbite de SES. Les activités Gouvernement avancent de 50,7 % et les données fixes de 79,0 %.

Le pôle Média n'est pas en reste, du moins en apparence : ses 285 millions d'euros de recettes affichent une hausse de 42,9 % sur un an, bénéficiant elle aussi de la consolidation intégrale d'Intelsat depuis l'été 2025. Le marché historique de la diffusion télévisée reste néanmoins un secteur mûr, dont la trajectoire de long terme demeure orientée à la baisse.

« Le premier trimestre 2026 marque un bon départ pour SES en tant qu'entreprise combinée, avec une exécution ciblée dans nos activités Réseaux et Média », a déclaré Adel Al-Saleh, directeur général de SES.

La bataille des synergies

C'est là que se situe le véritable enjeu. Au-delà des effets de périmètre, la question qui taraude les investisseurs est de savoir si le groupe parviendra à convertir son acquisition en économies tangibles. SES vise un rythme annuel de synergies d'environ 370 millions d'euros, pour une valeur actuelle nette de 2,4 milliards d'euros, dont 70 % réalisés d'ici trois ans.

Les premiers signaux sont encourageants. Sur une base comparable et à taux de change constant, les coûts de personnel reculent de 20 % et l'ensemble des charges d'exploitation de 9 % sur un an. Le directeur général n'a pas manqué de le souligner.

« Les coûts de personnel sont en baisse de 20 % et les charges d'exploitation globales reculent de 9 % sur un an, à taux de change constant et à périmètre comparable », a précisé Adel Al-Saleh.

L'ensemble combiné exploite aujourd'hui une flotte multi-orbite d'environ 120 satellites — quelque 90 en orbite géostationnaire (GEO), près de 30 en orbite moyenne (MEO), complétés par des partenariats en orbite basse (LEO) — et emploie autour de 4 000 personnes. De quoi consolider le statut du Luxembourg comme pôle spatial européen de premier plan.

Croissance lente sur un marché en contraction

Reste que la modeste progression de 3,1 % à périmètre comparable raconte une autre histoire : celle d'une activité sous-jacente qui croît lentement, même lorsque la mobilité et l'aérien s'envolent. SES évolue sur un marché des télécommunications satellitaires GEO et MEO qui se rétrécit et se consolide, sous la pression frontale de Starlink, la constellation de SpaceX. Le rachat d'Intelsat se présentait précisément comme la réponse défensive et offensive à cette nouvelle donne concurrentielle.

Pour 2026, le groupe a confirmé ses perspectives financières : il anticipe un chiffre d'affaires et un EBITDA ajusté globalement stables sur un an, à périmètre comparable et à change constant. Une cible volontairement prudente, qui traduit la phase d'intégration dans laquelle se trouve l'entreprise.

Au moment d'annoncer la clôture de l'acquisition, l'été dernier, Adel Al-Saleh résumait l'ambition en une formule.

« Aujourd'hui, nous ne faisons pas que fusionner deux entreprises — nous créons une entreprise plus forte, conçue pour l'avenir », affirmait le dirigeant.

Ce premier trimestre plein offre les prémices d'une démonstration. Pour le fleuron spatial luxembourgeois, l'année qui s'ouvre constitue un test décisif : prouver que l'arithmétique des synergies peut compenser l'érosion d'un marché historique et tenir tête au géant américain de l'orbite basse.

Pourquoi le chiffre d'affaires de SES bondit-il de 80,5 % ?
Cette hausse traduit avant tout un effet comptable : il s'agit du premier trimestre plein durant lequel SES consolide intégralement Intelsat, racheté pour environ 3,1 milliards de dollars, opération finalisée le 17 juillet 2025. À périmètre comparable, la croissance n'est que de 3,1 %.
Quelles économies SES espère-t-il tirer du rachat d'Intelsat ?
SES vise un rythme annuel de synergies d'environ 370 millions d'euros, soit une valeur actuelle nette de 2,4 milliards d'euros, dont 70 % réalisés d'ici trois ans. Au premier trimestre, les coûts de personnel ont reculé de 20 % et les charges d'exploitation de 9 %.
Quelle est la taille de la flotte combinée de SES ?
L'ensemble combiné exploite environ 120 satellites multi-orbite : près de 90 en orbite géostationnaire (GEO), environ 30 en orbite moyenne (MEO), complétés par des partenariats en orbite basse (LEO). Le groupe emploie autour de 4 000 personnes.
Quelles sont les perspectives 2026 de SES ?
SES a confirmé ses prévisions : le groupe anticipe un chiffre d'affaires et un EBITDA ajusté globalement stables sur un an, à périmètre comparable et à taux de change constant.

À lire aussi sur : Space Industry, Earnings, Ses, Luxembourg, Satellite Communications, Aviation Connectivity, Mergers Acquisitions, Intelsat

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