Paléontologie
Le « dernier titan » de Thaïlande : comment d'étranges pierres au bord d'un étang sont devenues le plus grand dinosaure d'Asie du Sud-Est
En 2016, la curiosité d'un villageois a conduit les scientifiques jusqu'à Nagatitan chaiyaphumensis, un sauropode à peu près aussi long qu'une baleine bleue qui fut peut-être l'un des derniers géants de la région.

En 2016, un habitant de la province thaïlandaise de Chaiyaphum nommé Thanom Luangnan remarqua quelque chose d'étrange qui dépassait du sol près d'un étang public. Les masses ressemblaient à des pierres, mais leurs formes étaient trop régulières. Il les signala au Department of Mineral Resources, et les paléontologues venus enquêter confirmèrent ce sur quoi il était tombé : les ossements fossilisés d'un énorme dinosaure. Près d'une décennie plus tard, le 14 mai 2026, cet animal fut officiellement baptisé dans la revue Scientific Reports sous le nom de Nagatitan chaiyaphumensis.
Le travail fut tout sauf rapide. Selon le récit du magazine Smithsonian, la première fouille de 2016 permit de récupérer une dizaine d'os, mais les financements s'interrompirent en 2020. Les travaux de terrain ne reprirent qu'en 2023, avec le soutien de la National Geographic Society, permettant à l'équipe d'achever la description du spécimen. La Thaïlande n'a livré qu'une poignée de dinosaures nommés, et leur étude scientifique n'y a commencé qu'il y a une quarantaine d'années ; aussi chaque nouvelle découverte enrichit-elle sensiblement les archives.
Le nom associe le Naga, serpent de la mythologie thaïlandaise et plus largement de l'Asie du Sud-Est, au Titan grec ; le nom d'espèce rend hommage à la province où il a été découvert. Selon Sci.News, il s'agit de la 14e espèce de dinosaure officiellement nommée en Thaïlande, où la quête scientifique des dinosaures n'a débuté que dans les années 1980.
Qu'est-ce qu'un sauropode, et de quel type s'agissait-il ?
Les sauropodes étaient les géants herbivores au long cou et à la longue queue du monde des dinosaures, marchant sur quatre pattes en forme de piliers. Les plus grands sauropodes sont les plus grands animaux terrestres dont on ait jamais connu l'existence. Nagatitan appartenait à un groupe plus précis, les somphospondyles, et au sein de celui-ci aux Euhelopodidae, une famille présente uniquement en Asie. Ces titanosauriformes avaient des membres antérieurs relativement longs et un appui large. Comme l'a expliqué le paléontologue Paul Upchurch, de l'University College London, à National Geographic, la combinaison de cous allongés et d'os remplis de sacs aériens aidait ces animaux à « gonfler de taille » lorsque les conditions le permettaient.
Ce plan corporel était une prouesse d'ingénierie biologique. Un long cou permettait au sauropode de balayer un large arc de végétation sans déplacer sa masse, tandis qu'un réseau de sacs aériens parcourant les os allégeait le squelette et aidait probablement l'animal à dissiper la chaleur. Ces mêmes os remplis d'air sont toutefois fragiles, ce qui explique en partie pourquoi les squelettes complets de sauropodes sont si rares et pourquoi des découvertes comme Nagatitan se présentent généralement sous forme de fragments épars.
L'équipe qui l'a décrit venait de l'University College London, de la Mahasarakham University, de la Suranaree University of Technology et du musée Sirindhorn de Thaïlande, sous la direction du doctorant de l'UCL Thitiwoot Sethapanichsakul.
Quelle était sa taille — et comment le sait-on ?
Les chercheurs estiment que Nagatitan s'étendait sur environ 27 mètres de long et pesait près de 27 tonnes — comparable en longueur à une baleine bleue actuelle, et plusieurs fois plus lourd qu'un Tyrannosaurus rex, dont la masse est généralement estimée autour de 8 tonnes. ScienceDaily avance le chiffre d'environ 27 tonnes ; Sci.News cite une fourchette de 25 à 28 tonnes. L'auteur principal Sethapanichsakul a noté qu'il dépassait probablement « Dippy le Diplodocus » d'au moins 10 tonnes.
De tels chiffres doivent se lire comme des estimations, et non comme des mesures. Le squelette est partiel — vertèbres, côtes, parties du bassin et os des membres, dont un os de patte mesurant 1,78 mètre. Pour estimer la longueur et la masse totales, les paléontologues extrapolent à partir de ces fragments en s'appuyant sur les proportions de proches parents mieux connus, si bien que différentes méthodes peuvent donner des chiffres différents. Ce qui a impressionné l'équipe, c'est le membre antérieur : National Geographic rapporte que son membre antérieur droit dépassait ceux des géants sud-américains Patagotitan et Dreadnoughtus, alors même que Nagatitan était globalement le plus petit animal.
Pourquoi cela compte pour la diversité des dinosaures asiatiques
La coautrice Sita Manitkoon, de la Mahasarakham University, a indiqué que les premières mesures laissaient penser que « cela pourrait être le plus grand dinosaure jamais découvert en Asie du Sud-Est » — une affirmation que l'équipe formule avec prudence, vu le caractère incomplet du squelette. L'animal vivait à la fin du Crétacé inférieur, aux étages aptien-albien, il y a environ 100 à 120 millions d'années (environ 113 millions d'années), dans la formation de Khok Kruat.
Cette découverte enrichit un tableau de plus en plus net de l'évolution des sauropodes asiatiques. Les chercheurs suggèrent que Nagatitan s'inscrivait dans une tendance, au milieu du Crétacé, à l'augmentation de la taille corporelle chez les titanosauriformes asiatiques, peut-être favorisée par le réchauffement des températures et l'extension des habitats favorables. Des parents asiatiques encore plus grands, comme Ruyangosaurus, ont par la suite approché 50 à 60 tonnes. De tels géants ont évolué de façon indépendante à plus d'une reprise au fil de l'ère des dinosaures et sur plusieurs continents, et le fossile thaïlandais laisse entendre que l'Asie du Sud-Est a connu son propre chapitre de cette histoire — un chapitre qui ne se révèle qu'aujourd'hui.
Le « dernier titan »
L'équipe a surnommé Nagatitan « le dernier titan » de Thaïlande, car il provient de la plus jeune couche rocheuse du pays renfermant des dinosaures. Les formations plus récentes de la région sont dépourvues de fossiles de dinosaures : au Crétacé supérieur, une grande partie de la zone était devenue une mer peu profonde. Cette transgression marine pourrait signifier que Nagatitan figurait parmi les derniers sauropodes géants à parcourir cette partie de l'Asie du Sud-Est avant que la montée des eaux ne remodèle le paysage. Comme l'a confié Sethapanichsakul au magazine Smithsonian et à d'autres, son objectif est d'obtenir pour les dinosaures d'Asie du Sud-Est la reconnaissance internationale qui leur a longtemps fait défaut — une reconnaissance qui a débuté, en l'occurrence, avec un villageois à l'œil affûté et quelques pierres d'aspect étrange.
Questions fréquentes
- Quelle était la taille de Nagatitan chaiyaphumensis ?
- Les chercheurs estiment qu'il mesurait environ 27 mètres de long et pesait près de 27 tonnes (les sources citant une fourchette de 25-28 tonnes). C'est comparable en longueur à une baleine bleue et plusieurs fois le poids d'un Tyrannosaurus rex. Il s'agit d'estimations extrapolées à partir d'un squelette partiel, et non de mesures directes.
- Comment a-t-il été découvert ?
- En 2016, un habitant nommé Thanom Luangnan a repéré des formes inhabituelles semblables à des pierres près d'un étang public dans la province de Chaiyaphum, en Thaïlande, et les a signalées au Department of Mineral Resources. Les paléontologues ont confirmé qu'il s'agissait d'ossements de dinosaure.
- Qu'est-ce qu'un sauropode ou un titanosaure ?
- Les sauropodes étaient de grands dinosaures herbivores au long cou qui marchaient sur quatre pattes et comptent parmi les plus grands animaux terrestres jamais connus. Nagatitan appartenait aux somphospondyles, plus précisément aux euhélopodidés, une famille de sauropodes présente uniquement en Asie.
- Quel âge a-t-il et où vivait-il ?
- Il vivait à la fin du Crétacé inférieur, aux étages aptien-albien, il y a environ 100 à 120 millions d'années (environ 113 millions d'années), et ses ossements proviennent de la formation de Khok Kruat, dans le nord-est de la Thaïlande.
- Pourquoi l'appelle-t-on « le dernier titan » ?
- Il provient de la plus jeune couche rocheuse de Thaïlande renfermant des dinosaures. Les formations plus récentes sont dépourvues de fossiles de dinosaures parce que la région est ensuite devenue une mer peu profonde ; Nagatitan pourrait donc avoir figuré parmi les derniers sauropodes géants à y vivre avant que la montée des eaux ne remodèle le paysage.
- Pourquoi les chiffres de taille sont-ils qualifiés d'estimations ?
- Seul un squelette partiel a été trouvé, comprenant des vertèbres, des côtes, des morceaux de bassin et des os de membres, dont un os de patte de 1,78 mètre. La longueur et le poids totaux sont déduits par extrapolation à partir de ces fragments en s'appuyant sur des espèces apparentées, si bien que différentes méthodes peuvent donner des chiffres différents.
Plus dans Monde
À suivre sur Étude
À pied à travers le Grand-Duché Randonnée au Luxembourg : le Mullerthal Trail et les plus beaux sentiers
Guide du nouvel arrivant Comment fonctionne le système de santé au Luxembourg, et comment s'affilier à la CNS
Histoire européenne Robert Schuman, le « père de l'Europe » né à Luxembourg
Le Luxembourg à l'écran Vicky Krieps, le visage luxembourgeois du cinéma mondial



