Union européenne

Colonies israéliennes : les Vingt-Sept de nouveau sans décision, Xavier Bettel à bout de patience

Réunis lundi à Bruxelles, les ministres des affaires étrangères ont buté sur la base juridique d'éventuelles restrictions commerciales visant les colonies. La diplomatie luxembourgeoise ne masque plus son exaspération.


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Le bâtiment Europa du Conseil de l'UE à Bruxelles au crépuscule, sa lanterne de verre éclairée, des mâts sans drapeaux au premier plan.
Le bâtiment Europa, à Bruxelles, où siègent les conseils des ministres de l'UE, dont celui des affaires étrangères réuni le 13 juillet. Image d'illustration générée par IA.Illustration générée par IA — Étude

L'Union européenne a buté, lundi 13 juillet à Bruxelles, sur l'obstacle qu'elle connaît le mieux : elle-même. Réunis en Conseil des affaires étrangères, les ministres des Vingt-Sept examinaient pour la première fois un document d'options de la Commission européenne sur la restriction du commerce avec les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée. Ils se sont séparés sans rien décider. « Beaucoup » d'États membres réclament des mesures économiques, a reconnu la haute représentante Kaja Kallas à l'issue de la réunion, mais « aucun consensus n'a été trouvé aujourd'hui ».

Le chef de la diplomatie luxembourgeoise, lui, ne prend plus la peine d'arrondir les angles. « Je suis à bout », a lâché Xavier Bettel au micro de RTL, en marge d'une réunion que Mme Kallas avait pourtant ouverte par un constat sans ambiguïté : « Tout le monde s'accorde à dire que la situation en Cisjordanie est réellement intolérable. »

Trois options, un piège institutionnel

Le document de la Commission esquisse trois manières de restreindre le commerce avec les colonies, jugées illégales au regard du droit international :

  • des droits de douane prohibitifs sur les produits qui en sont issus ;
  • un régime de licences pour leurs exportateurs ;
  • une interdiction totale ou partielle des importations.

L'enjeu économique est presque dérisoire : une estimation de 2012 — datée, mais toujours la plus citée — évalue à quelque 300 millions d'euros par an les importations européennes en provenance des colonies, quand le commerce total entre l'UE et Israël atteignait environ 70 milliards d'euros en 2024. L'Union demeure le premier partenaire commercial d'Israël — c'est précisément ce qui donnerait à la mesure sa portée. « Même s'il ne s'agit que de deux euros, il est important que notre politique commerciale soit conforme au droit international », a confié un haut diplomate à Euronews.

Le piège est institutionnel. La Commission classe ces restrictions dans la politique étrangère, soumise à l'unanimité des Vingt-Sept — un verrou que les alliés d'Israël peuvent actionner indéfiniment. Une vingtaine d'États membres, emmenés par la France et la Suède et rejoints par l'Espagne, l'Irlande, les Pays-Bas et la Belgique, objectent qu'il s'agit de politique commerciale, relevant de la majorité qualifiée : quinze pays représentant 65 % de la population de l'Union. Selon des propos rapportés par le quotidien The National, Mme Kallas a elle-même relevé que le service juridique du Conseil penche pour la lecture commerciale. Plusieurs diplomates accusent la Commission de « tactiques dilatoires » : son document est arrivé trop tard pour qu'une décision soit possible avant le prochain Conseil formel, en octobre.

Le verrou allemand, l'ambiguïté italienne

Le ministre allemand des affaires étrangères, Johann Wadephul, avait estimé avant la réunion qu'une condamnation verbale des colons violents suffirait, et que les ministres devaient se concentrer sur Gaza et le Liban. Son homologue italien, Antonio Tajani, a averti que de nouvelles mesures pourraient « mettre en péril les négociations sur le Liban », que l'Italie accueille sous médiation américaine — même si, selon des diplomates, Rome pourrait finir par se rallier à la voie majoritaire. La République tchèque complète le noyau des gouvernements qui protègent Israël de toute conséquence.

La litanie des rendez-vous manqués s'allonge. Le 15 juin, les ministres échouaient à sanctionner le ministre israélien d'extrême droite de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. En mai, l'unanimité ne s'était trouvée que pour sanctionner des dirigeants du Hamas et des figures du mouvement des colons violents — quatre entités et trois personnes en tout. Dès juin 2025, un réexamen conduit par le service diplomatique de l'UE concluait à des indications de violation par Israël de l'article 2 de l'accord d'association — la clause relative aux droits humains qui fonde toute la relation. L'Allemagne, l'Italie et plusieurs États d'Europe orientale en bloquent depuis toutes les suites.

La ligne luxembourgeoise, du geste à l'exaspération

L'exaspération de M. Bettel vient de loin. Le Luxembourg a reconnu l'État de Palestine le 22 septembre 2025, aux côtés du premier ministre Luc Frieden, à la tribune des Nations unies. Au Conseil de mai, le ministre exhortait ses collègues : « On ne peut pas simplement fermer les yeux. » En juin, dans un entretien au Luxembourg Times, il décrivait Gaza comme l'une de ces situations « où il y a de moins en moins de gris ».

« J'ai dit à Israël que nous ne pouvons pas les aider s'ils ne créent pas les conditions dans lesquelles nous pouvons les aider. Ce qu'ils font n'est pas justifiable — nous devons le leur dire. »

Le ministre a même évoqué une voie nationale : autour de la reconnaissance de la Palestine, il avait annoncé, selon RTL, son intention de déposer un projet de loi permettant au Grand-Duché de prendre ses propres mesures, jusqu'à des sanctions. Qu'un pays fondateur, dont la diplomatie s'est toujours confondue avec la construction européenne, en vienne à envisager l'action solitaire dit assez l'état du consensus des Vingt-Sept.

La suite est, une fois encore, procédurale : Mme Kallas demandera à la Commission de préparer, d'ici à la prochaine réunion des ministres, une liste concrète d'options commerciales, y compris les moyens d'écarter les produits des colonies du marché intérieur. Les ministres ont également évoqué l'Ukraine lundi. Sur Israël, l'Europe a répondu par une nouvelle promesse de papier. Au Luxembourg, on ne fait plus semblant de trouver cela normal.

Pourquoi l'UE n'arrive-t-elle pas à décider de mesures contre Israël ?
La Commission classe les restrictions dans la politique étrangère, soumise à l'unanimité des Vingt-Sept — que l'Allemagne, l'Italie et la République tchèque refusent d'accorder. Leurs partisans y voient de la politique commerciale, qui ne requiert qu'une majorité qualifiée de quinze États représentant 65 % de la population de l'Union.
Quelles options sont sur la table ?
Le document de la Commission en retient trois : des droits de douane prohibitifs sur les produits des colonies, un régime de licences pour leurs exportateurs, ou une interdiction totale ou partielle des importations.
Qu'a déjà décidé l'UE ?
En mai 2026, les ministres ont sanctionné à l'unanimité des dirigeants du Hamas et des figures du mouvement des colons violents — quatre entités et trois personnes. Les sanctions contre le ministre Itamar Ben-Gvir ont échoué en juin, et les suites du constat de violation de l'article 2, établi en juin 2025, restent bloquées.
Quelle est la position du Luxembourg ?
Le Luxembourg a reconnu l'État de Palestine en septembre 2025, soutient des restrictions au commerce avec les colonies, et Xavier Bettel a évoqué un projet de loi national permettant au Grand-Duché de prendre ses propres mesures, jusqu'à des sanctions.

À lire aussi sur : Eu Israel Relations, Foreign Affairs Council, Gaza, Israeli Settlements, Kaja Kallas, Luxembourg Diplomacy, Trade Policy, Xavier Bettel

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